Gazette de Liége

Dans le quartier Cathédrale Nord et Saint-Denis à Liège, ce sont près de 200 filles - parfois très jeunes - qui se prostituent. Jusqu'en 2003, Liège comptait également 75 vitrines de prostitution, passées à une petite cinquantaine depuis l'arrestation du proxénète Erik Neven. A Seraing, on dénombre entre 300 à 400 filles «de salon».

Insécurité et pression

Dans ce milieu

«où les femmes ont fait de leur corps leur outil de travail» règnent de fortes menaces. La toxicomanie, qui touche 80pc des prostituées de rue, l'insécurité et les maladies sexuellement transmissibles. Si les responsables des associations oeuvrant sur le terrain ne dénombrent que quelques cas de séropositivité, les hépatites et autres MST sont légion.

C'est pourquoi l'ASBL «Le Nid», active à Liège depuis 1987 et actuellement très préoccupée par les cas sérésiens, l'association Icar, qui effectue un travail de rue durant la nuit, ainsi que l'Espace P. qui propose vaccinations et contrôles médicaux, se sont associés au sein du Relais social de Liège afin de mener une campagne ciblée sur... le client.

Un constat, venu des nombreux témoignages des prostituées elles-mêmes: un client sur trois (dont les responsables sociaux rappellent qu'il émane de toutes les couches sociales) serait désireux de payer pour un rapport sexuel sans préservatif.

Jusqu'à faire monter les enchères afin de convaincre les filles, en manque cruel d'argent. Ou, à l'inverse, à se tourner vers les prostituées les plus précarisées, celles qui sont dépendantes de l'héroïne ou de la cocaïne, prête à accepter une «passe» à 10 euros (le «milieu» ayant fixé 25 euros comme prix plancher), dans des conditions très peu hygiéniques. «Il leur faut entre 2500 et 3000euros par mois pour leur dose» regrette Caroline Ramassioti du Nid.

«Nous avons donc décidé de conscientiser les clients en les informant des risques qu'ils encourent et font encourir en refusant de se protéger» note Michèle Villain, active chez Icar depuis 15 ans. «Par ailleurs, nous avons l'impression, ces derniers temps, que le public laisse un peu tomber la lutte contre le Sida, or c'est primordial» ajoute Quentin Deltour, coordinateur de l'Espace P. Et de rappeler que «certaines MST se transmettent également via une fellation sans port du préservatif».

Du 19 septembre au 16 octobre, des affiches de sensibilisation seront apposées sur 55 bus des lignes 1, 4, 2 et 10. Ce sont les filles elles-mêmes qui distribueront à leur clientèle les 2000 pochettes «sans capote, t'es kaput» comprenant un préservatif et des conseils de santé.

© La Libre Belgique 2006