Gazette de Liége

Il y a exactement ce lundi 370 ans qu'un bourgmestre de Liège, Sébastien La Ruelle, était assassiné au cours d'un guet-apens organisé par René de Renesse, comte de Warfusée. Les faits, qui s'inscrivent dans la lutte entre Chiroux (fidèles au prince-évêque) et Grignoux (partisans de la France), se déroulèrent près des cloîtres de l'église Saint-Jean, dans une maison aujourd'hui disparue.

Le 18 avril 1637, on fit à La Ruelle de grandioses funérailles. Exposé sous la grande couronne de lumière de la cathédrale Saint-Lambert, le corps du bourgmestre fut l'objet de la vénération de la population. Un cortège conduisit le bourgmestre assassiné dans sa petite église paroissiale de Saint-Martin en Isle où il fut inhumé. Le 2 mai, eurent lieu les obsèques officielles et solennelles à la cathédrale Saint-Lambert.

La tradition populaire a fait de La Ruelle un martyr politique. Il est devenu le symbole de la défense des libertés municipales. Des libertés qu'il voulait tout de même mettre sous la coupe de la France. La France plutôt que l'Empire. C'était son choix. Déjà "rattachiste" ? Soit. La trahison dont il a fait l'objet lui vaut une considération certaine.

A la Révolution, l'église Saint-Martin en Isle est démolie, et les restes de l'ancien bourgmestre sont transportés à l'hôtel de Ville, où on ne sait pas très bien qu'en faire. L'exhumation avait eu lieu le 31 octobre 1798, à 10 heures du soir, en présence notamment du docteur Nicolas-Joseph Ansiaux. Ce dernier accepta de prendre chez lui, provisoirement, le cercueil de La Ruelle.

En 1827, il est confié à un pharmacien de la rue Chaussée des Prés, Victor van Orle qui, en 1850, le remet à l'Institut archéologique liégeois. C'est un des membres, M. Félix Capitaine, qui s'en charge. De 1857 à 1909, la caisse vitrée contenant les restes (dûment authentifiés) de l'ancien bourgmestre se trouve dans une petite chapelle attenante au palais des Princes-Evêques. De 1909 à 1938, les restes sont installés au Musée Curtius.

En 1938, le Conseil communal décide à l'unanimité de donner à La Ruelle, une sépulture place Xavier Neujean. Mais la création d'une gare routière amène une circulation qui n'épargne pas la tombe de La Ruelle. En 1957, ses ossements sont transférés près de la vieille halle aux Viandes. Ils y resteront jusqu'à ce que, dans les années 1990, la restauration de la vieille bâtisse et de ses abords leur impose encore un déménagement. C'est... à la morgue du cimetière de Robermont que, depuis lors, le bourgmestre La Ruelle attend une sépulture. Depuis quelques années il est question d'une sorte de panthéon liégeois (après tout, Liège fut une véritable nation) dans les cloîtres de la cathédrale.

Au cours de toutes ces pérégrinations, La Ruelle a perdu la tête et des morceaux de membres. Grâce à la perspicacité et à l'obstination d'un enseignant liégeois aujourd'hui retraité, M. Joseph Villez, l'avant-bras gauche de Sébastien La Ruelle vient d'être retrouvé dans une famille de médecins qui ne sait plus très bien comment il leur est arrivé. On doit à M. Villez, d'avoir persuadé l'actuel propriétaire du bras de le remettre à la Ville de Liège. Ce qui doit se faire officiellement ce lundi après midi, dans les salons de l'hôtel de Ville.

Ce qu'en fera la Ville ? On le saura sans doute bientôt. Mais on imagine, après toutes ces translations et ces indécisions, le geste que La Ruelle aurait pu faire avec cet avant-bras !