Gazette de Liége Retour sur le sixième débat politique RCF Liège-La Libre de ce jeudi soir consacré à Seraing.

Seraing, berceau d’un passé industriel florissant avec l’arrivée de John Cockerill en 1817, connaît un demi-siècle de déclin dû aux différentes phases de fermeture de la sidérurgie. En 2006, la Ville de Seraing vote un Master plan avec pour volonté de repenser la Cité du fer, réhabiliter ses friches industrielles, avec notamment "la création d’un véritable centre-ville et d’un boulevard urbain qui traverse d’Est en Ouest la ville" , explique le bourgmestre PS Alain Mathot. En tout, 320 projets diversifiés (Gastronomia, rénovation de l’OM, ligne 125 A, Cristal Park, parc scientifique…), échelonnés sur trente ans, sont en cours ou à l’étude.

"C’est investir au niveau public pour créer de l’investissement privé qui génère de l’activité et génère à son tour de l’emploi, peu qualifié ou plus technique" , précise le bourgmestre qui entend attirer des entreprises pourvoyeuses d’emplois sur le territoire mais aussi de "convaincre la population qu’habiter en ville a des avantages au niveau des services rendus et peut être aussi agréable qu’habiter à la campagne" . Une population qui augmente avec plus de 60 000 habitants tandis que "le taux de chômage reste important mais est en train de baisser" .

Pour le chef de groupe MR Fabian Culot - qui dit soutenir depuis le début le Master plan même si "je ne dis pas que nous ferions tout exactement de la même manière"- , "Seraing a besoin de mixité sociale. C’est une ville qui a beaucoup souffert et qui aujourd’hui connaît un taux de chômage de plus de 22 %. Le nombre de personnes qui bénéficient du revenu d’intégration sociale a doublé en l’espace de dix ans ! Un enfant sur quatre à Seraing vit dans une famille qui ne dispose d’aucun revenu du travail. C’est une vraie difficulté sociale !" . Du côté du PTB, l’avis est plus nuancé : "C’est plus beau, la ville est plus belle mais les priorités des Sérésiens ne sont pas rencontrées avec ce Master plan : la pauvreté, l’emploi et le logement… En 2012, 1425 personnes émargeaient au CPAS et en 2017 2285 personnes" , fustige Damien Robert, chef de groupe. "De plus en plus de Sérésiens tirent la sonnette d’alarme sur la dégradation de leur quartier qui ne se trouve pas rue Cockerill…"

Le débat houleux qui a lieu entre le PS et le PTB reflète, selon Fabian Culot, "le dialogue de sourd" qui règne depuis cinq ans au Conseil communal. "L’alternative à la majorité socialiste n’est pas un soutien à l’égard du PTB" dont il considère le discours trop caricatural. Et de reprendre le proverbe : "Donnez un poisson à un homme qui a faim, il mangera un jour, donnez à pêcher, il mangera toujours" . "Avec le PTB, il faut toujours donner un poisson, il ne faut jamais lui apprendre à pêcher !"

Au niveau du logement, "on a plus de 6000 logements publics à Seraing. Je pense que l’objectif est de le pérenniser, et non pas l’augmenter comme le veut le PTB , et de favoriser la mixité de l’habitat car avec elle vient la mixité sociale, vecteur d’ascenseur social", souligne le MR.

Que faire pour lutter contre les cellules vides, notamment sur l’entité de Jemeppe ? "Au niveau public, je ne sais pas obliger les gens à créer une structure commerciale et obliger les habitants à aller acheter dans les petits commerces" , se défend Alain Mathot tout en précisant les nombreux chantiers et projets en cours sur l’entité.

Quant au projet d’Eros Center enfin, le bourgmestre dit avoir lancé le marché pour sa construction et son financement. "Nous nous sommes attaqués avec ce projet à la prostitution de vitrine en essayant d’améliorer la situation, de la rendre moins pire que ce qui existe aujourd’hui , appuie-t-il. Soit j’allais vers une non-tolérance avec pour conséquence que la prostitution clandestine et de rue allaient se développer. Soit on développait un projet qui permettait de résoudre des problèmes auxquels on est confrontés…"

Quid de l’avenir du HFB ?

Défenseur d’un projet de sauvegarde du HF6 d’abord (dynamité en 2016), le chef de groupe MR Fabian Culot défend aujourd’hui la préservation d’une partie du Haut-fourneau B pour en faire un parc d’attraction : "Non, cette idée n’est pas farfelue" . "L’idée c’est de dire, entre ceux qui disent qu’il faut tout dynamiter et ceux qui disent qu’il faut tout garder pour en faire un musée style parc d’aventure scientifique qui coûte beaucoup d’argent et n’apporte pas grand-chose à la région, il y a peut-être la possibilité de développer un projet alternatif. C’est pourquoi on a développé un projet plus commercial en disant : il y a sans doute des infrastructures que l’on pourrait garder avec un projet économique autour" . Côté PTB, "nous n’avons jamais plaidé pour un musée , corrige le chef de groupe Damien Robert. Nous avons organisé une enquête auprès de plus de 500 Sérésiens sur le devenir du haut-fourneau et le message qui a été donné pour 90 % des gens c’est de dire : il faut maintenir une trace du passé. Donc nous avons voulu prendre ce message au sérieux. Nous voulons garder une trace du passé orientée vers le futur" . Du côté de la Ville, "nous avons toujours eu une volonté de conserver les traces du passé qui font notre histoire, et nous le faisons sur chaque dossier, mais il faut aller chercher les moyens. C’est ce qu’on fait avec l’OM, les Ateliers centraux…" , précise à son tour le bourgmestre Alain Mathot. "On a voulu conserver la structure du hall Gastronomia et on a obtenu un financement pour le faire. Jamais un privé n’aurait mis l’argent car ça n’est pas rentable" . Au niveau du HFB, "on a budgétisé pour lancer une étude qui va demain nous dire en quoi et combien ça coûte. Il y a deux formules : on rase tout et ça rapporte de l’argent puisqu’on revend de l’acier ou on garde tout, ça va coûter 50 millions d’euros. On va faire le partage et voir où on peut aller trouver des financements. On peut tout garder ou une partie mais qui paye… ?"


> Les déclarations rapportées dans cet article ont été recueillies au cours de l’émission "Le débat politique", réalisée jeudi en partenariat par RCF Liège et La Libre Belgique/Gazette de Liége. L’émission sera rediffusée ce samedi 14 avril à 13h15 et dimanche 15 à 18h15. RCF Liège se reçoit sur 93.8 FM en région liégeoise. On peut aussi écouter ou podcaster sur http://rcf.be/liege-cat/rcf-liege-la-libre-le-debat-politique . Jeudi 19 avril à 18h15 : Chaudfontaine.