Gazette de Liége

C'est l'histoire d'une fonctionnaire sans histoire. Elle vit à Rocourt, elle ne s'était jamais engagée politiquement, mais au fil des événements que le pays a connus ces derniers mois, un sentiment belge profond, entier, réfléchi, s'est insurgé en elle. Il fallait "faire quelque chose". Et elle l'a fait.

"J'étais déjà sensibilisée avant, nous dit Marie-Claire Houard. Quand on a débaptisé la BRT pour en faire la VRT, quand la Côte belge est devenue la Vlaamse Kust, quand il y a eu l'agitation dans les Fourons... On instaure vraiment un climat de défiance entre les communautés. L'émission de fiction de la RTBF, je n'y ai pas cru, mais cela m'a fait mal de penser que cela pourrait être vrai".

En franc-tireur, le 10 août, elle a lancé sur Internet une simple pétition, demandant "que les hommes politiques respectent notre pays ! Et son unité". On en est aujourd'hui à quelque 94.000 signatures recueillies sur le Web, auxquelles s'ajoutent les SMS et les premiers fruits de l'édition sur papier. Marie-Claire et ses volontaires bénévoles entendent enclencher la vitesse supérieure. "Il y a des personnes âgées qui n'ont pas Internet. Nous avons aussi des gens qui n'ont pas voulu signer sur Internet parce que tout le monde peut voir les noms".

Quelque 4000 libraires, au Nord comme au Sud, ont reçu les tracts par les AMP afin qu'ils soient mis gratuitement à la disposition des clients. La distribution par la Poste, elle, coûterait trop cher. Par contre, les affiches "I want you for Belgium" commencent à fleurir, version modernisée de celles qui, pendant la Première Guerre mondiale, appelaient les Américains à s'engager en faveur de la Belgique martyre. Les moyens ? Ils proviennent de dons uniquement, affectés à l'action "pétition" sous le contrôle d'un huissier.

Du côté des politiques, peu de réactions pour l'heure. Les Michel père et fils ont signé. D'autres, comme Elio Di Rupo, ont apporté leur soutien à la pétition "Sauvons la solidarité", partie de Flandre celle-là, particulièrement du monde syndical. Marie-Claire Houard ne se sent pour sa part liée à aucun parti. "Disons que je suis plutôt gauche, CDH ou PS, mais je n'ai pas voté PS aux dernières élections à cause de certains socialistes".

L'adversité, c'est notamment José Happart qui l'a incarnée quand, au cours d'une émission "Mise au point", il a lancé en substance à Marie-Claire : "Votre mouvement est émotionnel. Dans quinze jours, on n'en parlera plus". Les quinze jours sont largement dépassés.

www.lapetition.be/petition.php?petid=408