Gazette de Liége Et quelle histoire, des métallurgistes gaulois à la success story de CMI !

François Pasquasy n’a pas connu son père, ingénieur civil des mines sorti de l’Université de Liège, ingénieur du fond au charbonnage du Gosson et lieutenant de réserve d’artillerie, tombé le 26 mai 1940 au cours de la bataille de la Lys. "Je suis peut-être plus littéraire que scientifique, nous dit-il. Mais par ce que ma mère me disait, j’avais dans ma tête dès l’âge de 4 ans : tu dois être ingénieur et officier de réserve". Et c’est bien ce qu’il fit, dans le secteur métallurgique toutefois, les temps ayant changé. Entré en 1967 aux Hauts Fourneaux d’Ougrée, membre du comité de direction de Cockerill-Sambre à la fin de sa carrière, François Pasquasy s’est fait depuis l’historien des deux mille ans de sidérurgie au pays de Liège, de nos ancêtres les Gaulois à la success story de CMI.

L’amont et puis l’aval

L’auteur n’est donc pas disciple diplômé de Clio, mais la corporation l’a reconnu. "Il me semble que pour sortir un ouvrage d’histoire de la médecine ou des techniques, il faut être médecin ou ingénieur, poursuit-il. Quand les historiens purs et durs font de l’histoire des techniques, ils commettent de graves erreurs, excepté Robert Halleux". Ouf !….

Il y a quatre ans, la Société des bibliophiles liégeois, élargissant considérablement son territoire (il fallut même en changer les statuts !), publiait le premier opus du professionnel chercheur (LLB-Gazette, 3/12/2013). Avec pour sous-titre "De la préparation du minerai à la coulée du métal", ce livre, malheureusement épuisé aujourd’hui, trouve son prolongement dans un second volume qui vient de sortir de presse, "Du martelage du fer au revêtement de l’acier". Une suite à point nommé en cette année du bicentenaire des débuts de John Cockerill à Seraing. Alors que le premier volet du diptyque concernait en substance la phase liquide (amont), le deuxième porte sur le laminage à chaud et l’ensemble de la sidérurgie à froid (aval), ceci en langage moderne, bien sûr. Dans le premier tome, la réduction de l’oxyde de fer contenu dans le minerai et l’affinage de la fonte principalement. Dans le second, "le processus qui va de la mise en forme du métal par martelage, forgeage ou laminage, jusqu’au revêtement du fer et plus tard de l’acier, par étamage, galvanisation ou peinture".

De l’inventivité et des atouts

De cette plongée dans le passé technologique, le lecteur sortira certes impressionné, même sans chauvinisme, par l’inventivité dont les Liégeois ont fait preuve au fil des âges, avec le rayonnement qui l’a accompagnée. A la fin du XIXè siècle et au début du XXè, "on pourrait se risquer à comparer la faculté technique de l’Université de Liège au célèbre Massachusetts Institute of Technology d’aujourd’hui. En 1908, elle compte près de 2500 étudiants dont 545 Russes, 191 Polonais, 74 Italiens, 57 Roumains, 37 Français", etc.

Le pays, il est vrai, a disposé d’atouts naturels qui expliquent la longévité de l’activité sidérurgique. "A l’origine, il a eu la chance d’avoir du bois et le minerai en surface, constate notre interlocuteur. Quand arrive ce qu’on peut appeler la révolution industrielle du Moyen Âge, l’énergie musculaire, qui était majeure dans l’Antiquité, est remplacée par l’énergie hydraulique. Et le pays de Liège a des cours d’eau parfaitement adaptés pour cela. Et lors de la révolution industrielle proprement dite, au temps de Cockerill, on a le charbon et toujours le minerai". Aujourd’hui, force est, bien sûr, d’être plus nuancé… "Il n’y a plus de charbon, plus de minerai et nous ne sommes pas au bord de la mer. Cela a condamné la sidérurgie à chaud mais pour la sidérurgie à froid, nous avons l’avantage de nous trouver au centre d’une des régions les plus industrialisées du monde. Si on fait des bobines en usine à Dunkerque ou à Sidmar, il faut quand même les amener chez le client". Le froid occupe encore un bon millier de personnes, il a gardé ses outils, CMI est en forme, Kessales est la seule usine au monde à faire du revêtement sous vide… C’est bien pourquoi l’histoire continue.

"La sidérurgie au pays de Liège. Vingt siècles de technologie. Du martelage du fer au revêtement de l’acier", Société des bibliophiles liégeois, 520 pp. in-4°. En souscription jusqu’au 30 juin pour le prix de 75 euros (+ 25 euros de frais de port éventuels), tél. 0495-45.77.98, bibliophiles.liegeois@gmail.com, compte BE 58 0000 2695 4579 (communication "Sidérurgie").