Gazette de Liége A voir et à écouter ce jeudi soir au palais des Congrès.

Le jazz débusqué" : c’est sous cet intitulé que le musicien de jazz belge Steve Houben donnera ce jeudi soir, au palais des Congrès de Liège, une conférence inédite. En effet, accompagné du jeune Johan Dupont au piano, ce sera en musique que ce sexagénaire natif de Liège mais qui a longtemps vécu à Verviers entretiendra à son tour le public des Grandes conférences liégeoises. Après le généticien français Axel Kahn, Steve Houben y mettra notamment en avant ce qui fait selon lui l’essence du jazz dans une approche volontiers pédagogique et ludique, tentant par exemple d’expliquer en quoi il est intimement lié à la pratique de l’improvisation.

On ne vous présente plus dans votre discipline mais il est utile de rappeler quelques éléments de votre parcours…

Je suis né en 1950 à Liège de parents musiciens amateurs. Mon père était versé dans le jazz tout comme mon oncle Jacques Pelzer qu’on ne présente plus. Mon premier instrument fut la flûte dont j’ai appris à jouer dès l’âge de 7 ans. Je suis entré au Conservatoire de Verviers à 12 ans et je me destinais au départ à une carrière d’acteur. Mais outre des cours d’art dramatique, j’ai donc aussi suivi des cours de musique. Mon fils Greg a d’ailleurs eu un peu le même parcours que moi. Sans doute parce que la musique est certainement le plus sur moyen de tout dire sans rien devoir expliquer. Je suis sorti du Conservatoire à 23 ans, époque à laquelle j’ai décidé de partir aux États-Unis.

Qu’avez-vous donc appris et retenu de ces années d’immersion américaine ?

J’ai rejoint le College of Music de Berklee qui est un peu la Mecque du jazz vers lequel je m’orientais. Lors de mon retour en Californie, cette fois à l’âge de 26 ans, il m’est impossible d’oublier cette rencontre avec Chet Baker sur le campus de Berkeley. Il s’agit d’un moment inoubliable qui m’a ouvert des portes. Des États-Unis où il régnait une certaine effervescence, j’ai pris l’initiative d’écrire à Henri Pousseur qui dirigeait le Conservatoire de Liège. Je lui ai proposé la création d’un séminaire de jazz, ce qu’il a accepté et qui fut fait à la fin des années 70. Il s’agissait sûrement de la première école du genre en Europe et beaucoup de musiciens reconnus y sont passés. À ce propos, je pense que le jazz peut s’enseigner même si l’improvisation est bien sûr essentielle.

Comment s’est déroulée et poursuivie votre carrière personnelle ?

J’ai contribué à faire venir plusieurs musiciens américains en Europe. On a fait pas mal de tournées et plusieurs allers-retours. Il faut bien se dire qu’à l’époque, il y avait un certain désintérêt pour le jazz, ce qui a fait en sorte que mon second instrument plus emblématique, le saxophone, a pris progressivement le dessus sur la flûte qui est pourtant ma spécialité. J’ai joué dans beaucoup de groupes différents et je me suis fait au fil du temps un nom.

Outre votre élection en 2010 à l’Académie royale de Belgique, vous avez aussi dirigé durant trois ans le Conservatoire de Liège. Que retenez-vous de cette expérience ?

On m’a demandé de terminer le mandat de Bernard Dekaise, ce que j’ai fait entre 2012 et 2015. Mon intérêt pour d’autres musiques a sans doute joué. Ce fut une expérience enrichissante de manager une entreprise de 500 personnes. J’ai dû apprendre vite et faire avec peu de moyens mais j’ai tenté de mettre en avant l’aspect humain. Peu de nouvelles formations ont été initiées mais je fais confiance à mon successeur pour mener cela à bien.

Un mot enfin sur la manière dont vous percevez l’évolution du jazz que l’on retrouve désormais dans tous les festivals…

Le jazz s’est complexifié et a sans doute perdu une forme de spontanéité. On mélange parfois un peu tout et ce n’est pas toujours très digeste. Il faut parfois savoir revenir à l’essence de la musique et veiller à ne pas perdre un côté rebelle. Concernant les festivals, il y en a encore des traditionnels mais parfois les programmateurs sont influencés par l’air du temps.