Gazette de Liége Le contrat Tacite permet aux musiciens d’augmenter leur revenu grâce aux images partagées.

Lancée au VentureLab en 2015 par trois étudiants de la Haute École de la Province de Liège passionnés par le monde de la musique, la start-up Tacite propose aux artistes d’obtenir une meilleure rémunération de leurs prestations si celles-ci sont filmées et diffusées sur les réseaux sociaux. Basée sur les droits à l’image web, elle permet aux artistes d’être moins taxés et d’augmenter leurs revenus.

Jonathan Schoonbroodt, Christian Mon et Boris Munyenkera étaient encore sur les bancs de l’école quand ils ont commencé à penser leur start-up. "C’est un projet qui est né d’un double constat. Le premier est que le secteur culturel est assez précaire pour le moment à cause notamment de la baisse de subsides, des attentats et beaucoup d’autres facteurs. Et d’autre part, il y a un deuxième phénomène qui devient de plus en plus courant : quand les gens vont dans une salle de concert, ils prennent des images, ils filment et partagent avec leurs amis sur Interne t. C’est une perte de contrôle pour le droit à l’image de l’artiste", explique Jonathan Schoonbroodt, cofondateur de Tacite.

Un régime fiscal inadapté à la réalité du métier

Les trois lanceurs du projet ne voient toutefois pas cette perte de contrôle du droit à l’image comme un problème, mais comme "une opportunité et une façon de faire gagner aux artistes un peu plus d’argent, dans un pays où il n’y a pas de régime fiscal adapté à leur statut. Souvent, les artistes sont assimilés à des indépendants, mais leur réalité est bien différente de celle d’un maçon. Ils ne trouvent pas forcément des dates pour se produire toutes les semaines", précise Jonathan Schoonbroodt. "C’est aussi une conjonction avec ce qu’il se passe dans le secteur numérique. Un artiste a perdu énormément de fonds financier. Nous sommes la seule solution qui existe en Belgique qui permet de renflouer cette perte issue du numérique", ajoute Boris Munyenkera.

Outre le fait que le nom de la start-up fasse référence à un célèbre philosophe, l’appellation renvoie également à l’accord tacite passé entre les artistes et la plateforme. Les fondateurs s’accordent à dire que la start-up remplit un double rôle : celui d’augmenter le revenu des artistes via la vente du droit à l’image, mais aussi de permettre à ceux-ci de se concentrer sur la création en déléguant leur charge administrative. "Autant que les artistes se concentrent sur ce qu’ils font de bien, faire des œuvres, et qu’ils puissent externaliser tout ce qui est rébarbatif pour eux", justifie Jonathan Schoonbroodt.

Ni les spectateurs, ni même les organisateurs d’événements ne devront payer de coût supplémentaire s’ils souhaitent produire des artistes sous contrat Tacite. "Ils n’auront rien à payer en plus, le cachet des musiciens sera divisé en deux parties égales : la partie classique sous forme de prestation et la partie contrat Tacite, qui est liée au droit à l’image et est beaucoup moins taxée. Elle permet ainsi aux artistes de gagner jusqu’à 25 % de revenu supplémentaire", rassurent les jeunes entrepreneurs.

Quels ont finalement été les obstacles rencontrés durant la mise sur pied du projet ? "Dans la création d’une start-up, il y a trois étapes : la première, où l’on te dit que ton projet est stupide et qu’il ne fonctionnera pas. La seconde "oui, mais c’est dangereux", où l’on doit effacer les risques que peut engendrer le contrat. Et la dernière, où le projet devient évident et où les gens se demandent comment ils n’y ont pas pensé avant", confie Boris Munyenkera.

La plateforme compte actuellement une trentaine d’artistes et espère en toucher 300 d’ici la fin de l’année 2017.

Infos : www.tacite.be