Tadam : bientôt l’heure du bilan

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Gazette de Liége

Le sourire au coin des lèvres, Marylène Tommaso, infirmière en chef de la fondation Tadam, prévient d’emblée : "On est loin de la distribution de bonbons ici !" Et pour cause, depuis près de deux ans, ce centre a administré de l’héroïne à plusieurs dizaines de toxicomanes. "Nous préférons parler de traitement, poursuit l’infirmière. Depuis le 17 janvier 2011, 36 patients fortement dépendants ont reçu de la diacétylmorphine, de l’héroïne médicale. Et à côté de ces 36 patients, 38 autres personnes ont reçu un traitement, plus classique, à base de méthadone. L’objectif est de parvenir à un sevrage complet " Il s’agit d’un projet pilote, unique en Belgique, mené par la fondation Tadam, la Ville de Liège et une équipe de recherche de l’ULg.

Plus qu’une aide médicamenteuse, les personnes dépendantes à la drogue reçoivent ici, durant l’année de leur traitement, un encadrement, un nouveau cadre de vie. "Un an, c’est malheureusement trop court, regrette Marylène Tommaso. On met un point d’honneur à assurer la continuité des soins de nos anciens patients, mais la structure mise en place, les relations avec le personnel soignant disparaissent malgré tout " D’où la nécessité, pour la fondation, de prolonger, et d’améliorer, l’expérience

En janvier 2013, ce projet pilote arrivera à son terme. Et le bilan tiré par le centre est positif, tant au niveau du suivi des patients - les résultats sont visibles dès la 6e semaine de traitement -, que de l’insertion de Tadam dans le quartier. Pourtant située à côté du commissariat de Police Wallonie Liège-Centre, jamais la fondation n’a dû faire appel aux forces de l’ordre. Il faut dire que Tadam a mis les moyens pour éviter tout risque de débordement : caméras de surveillance intérieures et extérieures, conteneurs ultra-sécurisés, badges d’accès, etc.

Ce projet a longtemps divisé le monde politique liégeois. Dans les cartons depuis plus de 15 ans, le centre a seulement reçu son premier patient en janvier 2011. Le MR restait prudent sur le bien-fondé d’un tel établissement, alors que les trois autres "grands" partis étaient plus enthousiastes.

Aujourd’hui, du côté d’Ecolo Liège, par exemple, on souligne l’amélioration de la santé des patients, tant sur le plan physique que psychique, et on plaide pour la poursuite et le développement de cette nouvelle approche. Le MR, pour sa part, joue le chrono. Christine Defraigne ne ferme pas la porte à la poursuite de l’expérience Tadam mais attend le rapport final d’évaluation, probablement disponible en juillet 2013, pour se prononcer.

Difficulté supplémentaire, les élus communaux ne décident pas seuls : Tadam est financé par le SPF Santé publique. Malgré tout, une position commune de l’ensemble des partis liégeois aurait un poids plus important sur la politique fédérale.

La multiplication des acteurs dans ce dossier, sans compter son coût de fonctionnement de 940.000 euros annuels, rend difficile tout pronostic quant au futur de Tadam.Jean-Philippe Embrechts (St.)

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