Gazette de Liége

Il y a presque un demi-siècle, François Perin publiait un diagnostic sévère du fonctionnement du régime parlementaire belge sous le titre "La Démocratie enrayée". Nul besoin de souscrire à tout ce qu'a pu faire ou dire, par la suite, le très remuant constitutionnaliste et homme politique pour valider les constats qu'il posait vers 1960, tant de la paralysie des gouvernements minés par leurs incohérences internes que de la "crise de capacité législative" qui frappe les assemblées.

Parce que ses acteurs sont en contact direct avec les réalités et les personnes, la démocratie locale se porte généralement mieux que les niveaux de pouvoir supérieurs, plus perméables aux miroirs déformants de l'idéologie et aux stratégies des états-majors particratiques. Généralement, mais pas toujours... Le contre-modèle de gouvernance offert par les édiles passés et présents d'Esneux aurait de quoi, s'il n'était pas un cas limite, mettre à rude épreuve la foi des municipalistes les plus fervents.

Des années d'indécision, de manoeuvres, d'études ignorées, de permis retirés - et pas d'éclaircie à l'horizon - ont tant et si bien maintenu au point mort le dossier du pont de Tilff que l'ouvrage mis en place pour le remplacer provisoirement doit être lui-même... remplacé. Aux habitants de subir, en itinéraires de déviations pour automobiles et bus ou en navettes pour piétons, les conséquences d'une gestion des deniers publics où l'indolence n'a cessé de le disputer à l'opacité.

Il est vrai que d'autres surplaces et paralysies de tout genre peuvent supporter la comparaison avec l'interminable saga de la cité des Porais. Ainsi à Liège, où l'avancement du chantier indispensable des annexes du palais de Justice est compromis par l'arsenal des recours et procédures qu'un certain hypercriticisme juridique est trop heureux d'accueillir.

Il est aussi vrai que les fautes n'incombent pas aux seules communes. Il faut également compter avec la dilution des responsabilités, ce mal belge par excellence. Au bord de l'Ourthe, l'option d'un nouvel ouvrage quasi identique avait obtenu l'adhésion de la majorité des conseillers dès 2003. Elle se serait concrétisée depuis longtemps si le ministre Daerden, en charge notamment de l'Equipement, n'avait pas cru devoir rendre, depuis Namur, un oracle favorable à ses amis politiques esneutois, qui ne jurent que par un pont-rocade supprimant le passage à niveau actuel, mais au prix d'un détour et d'un impact lourd sur le tissu villageois. Et ce que le ministre Daerden a défait, le ministre Antoine, en charge notamment du Développement territorial, n'a pas cru pouvoir ou devoir le refaire. Bref, il n'a pas décidé... Et depuis, la question est à l'examen.

Sur le pont de Tilff, on ne dansera pas avant longtemps. Faudra-t-il désigner un informateur, puis un démineur, puis un explorateur ?...