Gazette de Liége Entretiens croisés Bruno Boutsen

Récemment, le comité exécutif chargé de piloter le dossier du tram et composé uniquement de responsables politiques a tenu sa première réunion, décidant la mise à l’étude de "variantes" au tracé initialement prévu et courant pour rappel de Jemeppe à Herstal. À six ans de la mise en service souhaitée du futur tram liégeois, hypothèse d’une Expo 2017 oblige, nous avons interrogé tant le ministre en charge, à savoir Philippe Henry (Ecolo), que le président de l’ASBL urbAgora, François Schreuer, lequel n’est pas tendre avec la vision du ministre.

1Communication : parmi ses critiques, l’ASBL urbAgora épingle un déficit de communication dans le chef du cabinet Henry, lequel ne disposerait pas du personnel nécessaire pour mener à bien ce dossier. "Où est le site web d’information au public promis par le ministre ?", s’interroge notamment François Schreuer. Pour le ministre, qui rappelle l’échéance "extrêmement serrée" constituée par l’Expo 2017, l’heure n’est pas encore à la communication vers le public. Il précise en outre qu’il a présenté le projet devant les conseils communaux concernés et évoque également des séminaires tenus avec les acteurs locaux. Pour le reste, Philippe Henry assume une réduction du volume des cabinets voulue par Ecolo et souligne que "le pilote du dossier, c’est la SRWT". Mais urbAgora n’en démord pas et affirme pour sa part que "le ministre Henry n’a pas de relais au sein de l’administration wallonne".

2Financement : pour François Schreuer, une formule alternative au partenariat public-privé (PPP) choisi par l’exécutif wallon pour financer le tram liégeois est possible et même souhaitable. "Le seul argument déployé en faveur du PPP est relatif au respect des critères de Maastricht (N.D.L.R. : critères que sont tenus de respecter les états membres de l’UE), ce qui est plus que discutable". Ainsi, selon le président de l’ASBL urbAgora, "le PPP, c’est aussi une dette, qui est même plus dangereuse et plus opaque". "Au final, cela coûte même plus cher à la collectivité car les taux d’intérêt sont plus élevés et ça rend les pouvoirs publics dépendants du privé", ajoute-t-il. De son côté, Philippe Henry estime que le recours au PPP pour un tel projet soumis à une telle échéance découle d’une obligation européenne. "La Région wallonne ne peut tout de même pas s’endetter de 500 millions d’euros supplémentaires", lance-t-il ainsi. Par ailleurs, il évoque le fait qu’il existe "toutes sortes de PPP", ce dernier ne constituant certes pas la panacée, et il insiste sur le fait que ce sont les pouvoirs publics qui gardent la main. "Si le risque d’investissement est transféré au privé pour deux volets, la construction et la maintenance, l’exploitation reste dans le giron public", précise le ministre Henry, lequel reconnaît tout de même "une nécessaire rémunération financière du risque pris par le privé".

3 Tracé : pour le ministre wallon en charge de la Mobilité, lequel souligne que le plus important est que le tram se fasse rapidement, "le tracé est une chose mais ce qui importe est la réorganisation du réseau de transport en commun au sein de l’agglomération liégeoise". Et alors qu’urbAgora en appelle à renoncer aux tronçons Sclessin-Jemeppe et Coronmeuse-Herstal, lui préférant une boucle en centre-ville liégeois, Philippe Henry affirme sa volonté de couvrir l’ensemble de l’agglomération. "Si le tram se limite à Liège, on aura raté le coche", juge-t-il ainsi. Il avance également des difficultés techniques pour justifier le fait que le tram ne suive pas, dans un premier temps en tout cas, le tracé actuel du bus 4, un argument aussi utilisé lorsqu’urbAgora propose un passage sur la rive droite de la Meuse non pas au niveau du pont Atlas, ce qui n’est pas encore sûr, mais bien en amont, histoire d’irriguer les quartiers d’Outremeuse et de Bressoux-Droixhe où pourrait être situé le dépôt. Pour François Schreuer, "il faut desservir les quartiers et veiller à un maillage urbain", ce à quoi le ministre répond que "ce qui compte, ce n’est pas où le tram passe, c’est où il s’arrête".

4Intermodalité : enfin, une des critiques émises par urbAgora a trait à l’absence d’intermodalité. Et son président d’insister pour que le plan urbain de mobilité (PUM) soit enfin rendu public par le ministre Henry, et ce en dépit du fait qu’il contient la fameuse liaison CHB. "Le PUM est un instrument remarquable qui doit permettre de structurer l’offre de transports en commun et qui doit sortir". Le ministre Henry affirme quant à lui qu’il n’oublie pas le PUM dont le tram est un des projets phares. Autre grief d’urbAgora : le fait qu’outre le PUM, la SNCB est oubliée dans le cadre du projet. Or, le développement d’un réseau express liégeois, utilisant les lignes ferroviaires existantes, est à l’étude. Sur ce point, François Schreuer en appelle à ce que cesse enfin le "dialogue de sourds entre la Ville et la SNCB" et à ce que la Ville et la Région, via les deux leviers que sont le préfinancement des infrastructures et le droit de regard sur le plan d’investissements de la SNCB, se positionnent utilement sur ce dossier. Et ce car, enjoint-il, "le tram ne doit pas être développé comme un concurrent du train". "Ce ne sera pas le cas car ces deux moyens de transport sont complémentaires", affirme de son côté Philippe Henry, qui fait référence à une étude en cours et destinée à définir quelles seront les priorités wallonnes dans le cadre dudit plan d’investissements. "Mais les besoins sont tels que Liège ne pourra pas tout obtenir", prévient-il.Bruno Boutsen