Gazette de Liége

Un accord, mais à quel prix ?", titrait récemment la "Gazette de Liége" (voir notre édition du 25/10) eu égard à l’accord politique du 21 octobre relatif au tracé du futur tram liégeois. Un accord obtenu de haute lutte et après un premier report par le ministre wallon en charge de la Mobilité, Philippe Henry (Ecolo), ce dernier étant en quelque sorte chargé d’arbitrer les desiderata des poids lourds du PS liégeois présents autour de la table. Ce qui fut fait non sans que tant Philippe Henry que le bourgmestre PS de Liège Willy Demeyer aient dû taper du poing sur la table et rassurer les maïeurs sérésien et herstalien Alain Mathot et Frédéric Daerden, tous deux PS. Oui, ce projet se veut structurant et oui, le tram desservira les deux communes précitées.

Cette belle unanimité de façade - en effet, tant en "off" qu’en "on", un certain nombre d’intervenants ont fait part de leur plus grande perplexité par rapport à ce projet - a rapidement été mise à mal, notamment par l’ASBL urbAgora et son président François Schreuer, lequel a battu en brèche les études techniques sur lesquelles se sont basés tant la SRWT que le cabinet Henry pour définir le tracé du futur tram. Et ce vendredi, poursuivant son analyse critique, l’ASBL urbAgora a lancé un véritable pavé dans la marre puisque d’une étude commanditée par ses soins auprès d’un consultant indépendant, il ressort selon les données chiffrées fournies que le projet de tram dessert trop peu de logements. "Il ressort que le projet du gouvernement wallon n’offre une desserte de bonne qualité qu’à 13416 logements, dit l’ASBL. Or nous montrons qu’avec une même longueur de ligne, c’est-à-dire à kilométrage égal, il est possible d’offrir une bonne desserte à 30456 logements, soit deux fois plus que le projet du gouvernement".

À quelques jours du passage en gouvernement wallon de ce projet de tracé du futur tram liégeois, le moins que l’on puisse écrire est que ces nouvelles données font quelque peu tâche. Pour François Schreuer, qui estime que c’était au cabinet Henry et à la SRWT d’effectuer ce travail comptable, il s’agit d’une preuve - chiffrée celle-ci - de plus que le projet de tram tel qu’envisagé n’est pas pertinent. Et ce dernier d’en appeler au "sens du bien commun" des membres du kern wallon - certains, dont le ministre PS Marcourt, ne seraient d’ailleurs pas très chauds - afin de "surseoir à la décision prévue pour le 10 novembre", d’"exiger des bureaux d’études un travail plus fouillé" et de "mener - enfin - une concertation publique autour du projet". Sinon, prédit François Schreuer, pour qui il s’agit de se concentrer sur le tronçon saturé Guillemins-Coronmeuse d’ici l’échéance fixée de 2017, "faute d’un projet bien pensé, ce ne sont pas moins de 40000 personnes qui seront privées d’un accès au tram si le projet n’est pas revu".

Du côté du cabinet Henry, contacté par nos soins ce vendredi afin de réagir à chaud à ces éléments, on affirme que "s’il est important de savoir où vivent les gens, il est capital de savoir d’où ils viennent et où ils vont". Autrement dit, à l’approche en termes de logements qui est celle d’urbAgora, le cabinet Henry oppose une approche en termes de voyages. "Il ressort par ailleurs de l’analyse faite par la SRWT qu’il y a deux fois plus de voyageurs en rive gauche qu’en rive droite", poursuit-on, alors qu’urbAgora - et d’autres acteurs - entend desservir plus avant les quartiers et notamment ceux situés rive droite. On l’a compris, pas question pour Philippe Henry de se désavouer sur ce dossier où le respect du calendrier fixé est pour lui essentiel et où l’objectif reste bel et bien "une première ligne de fond de vallée opérationnelle en 2017".