Gazette de Liége Chronique

Par la voie du découpage, et sous le nom de Marjac, Jacques Marchal s’invente tout un monde à part et traverse la réalité pour atteindre la fantaisie. Ses collages surréalistes rappellent que les cieux peuvent être bleus et que l’enchantement existe : on retrouve chez lui aussi bien l’univers de Prévert que celui du cinéma, les références n’y manquant pas. L’éclosion de la femme dans un œuf qui s’ouvre, un homme libérant ses papillons, une fée sur des nénuphars, tout un monde coloré s’agite sur les cimaises-écrins de l’endroit. (1)

Exposition animalière en trois dimensions, ce que présente Jean-Pierre Gérard surgit abruptement de la beauté sauvage de la nature. Taxidermiste, il a fondé depuis 1989 à Romsée, avec son complice Christian Polis, amoureux comme lui de la nature, la Masaï Gallery qui veut rendre vie aux animaux décédés dans un zoo, un parc privé ou chez des particuliers, tout en collaborant aussi avec des musées internationaux d’Histoire naturelle. Des lions aux poses faussement indolentes, un petit rhinocéros dont on oublierait presque la force, un tigre du Bengale dédaigneux jalonnent un étonnant parcours avant de tomber face à face avec un immense ours polaire dressé de toute la puissance de ses trois mètres, près d’un ours noir de l’Arctique qui semble à son côté un gros ourson. Figés en des attitudes de guet sous leur nonchalance, ces rois de la jungle et des grands espaces sont entourés de faucons pèlerins, de buses, de canards, de sarcelles d’Amérique du Nord et d’Asie, que surmonte la pièce maîtresse de l’exposition, une longue girafe élancée. Voilà une promenade entre des animaux silencieux aux yeux de diamant et qui nous rappelle modestement notre petitesse. C’est impressionnant. (2)

Focus ensuite sur quatre femmes pour définir "Féminin singulier", consacré à l’image de la féminité. Nicole Stenuit a choisi le papier journal pour sculpter quelques attitudes, parfois indolentes, de jeunes modèles dont certains, par le travail du papier imprimé, semblent presque devenus de la pierre usée par le temps, tandis que d’autres prennent vie grâce aux couleurs des photos hachurées. Sophie Giet a préféré la céramique pour exprimer des personnages inattendus à l’allure de poupées, de petites femmes aux ailes papillonnées incarnant une fée juchée sur un champignon, une sorcière vraiment peu terrible ou encore une déesse noire.

En peinture, Juliette Petitjean se penche sur la structure du corps, usant surtout du noir et blanc pour donner du relief à ses nus décomposés. Adepte du flou, Nadine Fabry présente ce qui pourrait ressembler à des croquis pour modiste avec des silhouettes indéterminées partant à la recherche d’elles-mêmes. Quant à Geneviève Bal, sans doute a-t-elle relu les aventures de Pinocchio pour croquer des appendices nasals s’extirpant d’esquisses floues, écrasées sur des décors encore plus flous. Trublion dans ce quatuor de femmes, Pascal Falisse, dont on sait tout l’art de peindre la féminité exotique sous les douces couleurs de ses gouaches ou sous celles plus appuyées de ses peintures, démontre une fois encore son savoir-faire en dévoilant la femme dans ses occupations les plus anodines et les plus quotidiennes, portant sur leur monde fragile et fort à la fois un vrai regard de tendresse. (3)

(1) Bijouterie Kuypers, Liège, jusqu’au 4 avril.

(2) Galerie Radeski, jusqu’au 30 avril.

(3) Galerie Venta, jusqu’au 10 avril.