Gazette de Liége Le gouvernement wallon en a la volonté. Mais lequel : le HF4 de Marcinelle ou le HFB d’Ougrée ? Avec quel argent et quel projet ?

Faut-il, au nom de l’histoire, du patrimoine industriel préserver un voire les deux hauts-fourneaux wallons encore debout mais définitivement à l’arrêt, le HF4 de Marcinelle (Charleroi), fermé depuis 2012 et le HFB d’Ougrée (Seraing), mort en 2011 ? La question se pose depuis quelques années et elle rebondit grâce à un livre (lire ci-dessus), qui a atterri dans les mains de Willy Borsus, le ministre-Président wallon (MR).

Le premier de ces géants d’acier où l’on fabriquait la fonte est propriété de Duferco, le second appartient à ArcelorMittal et les deux opérateurs sidérurgistes veulent les démolir. C’était sans compter, à Marcinelle du moins, sur une mobilisation citoyenne pour la sauvegarde du haut-fourneau. Depuis 2013, un collectif se bat et a convaincu les autorités communales de Charleroi de conserver cette trace importante du passé économique de la ville. Un rapport commandé par la Ville et bouclé en 2015 va dans ce sens. Sous la précédente législature wallonne, un accord théorique a été conclu avec Duferco pour ne pas que le HF4 soit démoli et un montage financier, en partenariat public/privé, de 2 fois 65 millions d’euros pour dépolluer et réhabiliter le site était sur la table.

Charleroi a pris les devants

Seulement voilà, la majorité wallonne a changé depuis et le dossier semble au point mort. Et puis, que faire de ce vestige industriel : un musée, un mémorial, une structure à intégrer dans un projet de ville plus vaste ? Les discussions n’ont pas atteint ce stade.

Au cabinet de Paul Magnette, le bourgmestre PS de Charleroi et ex-ministre-Président wallon, on fait savoir que la décision de la Ville sur le dossier du HF4 "n’a pas évolué parce que le nouveau gouvernement wallon n’a pas tranché la question du financement. Les possibles projets de reconversion dépendront de cette décision". Et d’ajouter : "mais la Ville de Charleroi prend déjà les devants. Nous travaillons à la création d’une ASBL, composée d’experts et de citoyens, qui pourra gérer le fonds dédié à la préservation du HF4. Paul Magnette souhaite rencontrer certains ministres pour évoquer le dossier".

A Seraing, il n’y a pas (encore ?) de mouvement citoyen structuré pour appuyer la préservation du HFB. Certains anciens ouvriers sidérurgistes ne plaident même pas en sa faveur, préférant qu’on le détruise pour faire place à de nouvelles activités économiques. Le bourgmestre Alain Mathot (PS) n’écarte pas l’option de la conservation du haut-fourneau d’Ougrée mais il avance un coût très élevé. "Environ 80 millions d’euros, auxquels s’ajouteront entre 1 et 2 millions par an de frais de maintenance. Où trouver cet argent ?", nous disait-il il y a quelques mois. Et que faire du HFB ? "J’essaie de conserver uniquement la partie haute de la structure. Il y a un tunnel à côté. On pourrait y faire un son et lumière", signalait-il.

Empêcher une éventuelle démolition

Willy Borsus indique qu’"au nom de la préservation de la tradition industrielle, il y a une volonté très claire du gouvernement de garder un des deux hauts-fourneaux wallons et qu’on le fasse vivre. Mais lequel, quel projet et quel financement ? Cela doit encore être déterminé, en coordination avec le ministre du Patrimoine, René Collin (CDH) et celui de l’Industrie, Pierre-Yves Jeholet (MR)". Il précise encore ceci : "si un des deux propriétaires des hauts-fourneaux voulait absolument démolir, on interviendra sans doute pour empêcher cela".