Gazette de Liége

Je suis un autodidacte, j'ai tout appris par moi-même. J'aime apprendre, puis faire savoir ce que j'ai appris.» Jean-Louis Lejaxhe est un historien du dimanche qui a réussi. Humble et jovial, il est aussi passionné, d'abord par sa commune de Chênée qui l'a vu naître en 1964, d'une mère femme d'ouvrage et d'un père boucher.

«Il n'y avait pas beaucoup de copains dans le quartier, la télévision n'était pas développée comme maintenant et on se contentait de jeux simples, se souvient-il. Comme j'étais souvent seul, j'ai beaucoup lu et cela a été ma chance. Ecrire un livre a été un de mes rêves d'enfance.»

Aux grands écrans liégeois, alors plus nombreux qu'aujourd'hui, le jeune Lejaxhe, qui se rendait presque chaque jour dans les cinémas de quartier, a consacré sa première vraie recherche. «Je suis allé aux Chiroux et dans d'autres bibliothèques, nous dit-il. Je trouvais bien des articles sur l'histoire des cinémas à Liège mais pas de livres ni de photos. Puis, un jour, je suis tombé sur une affiche dans une brocante. Je me suis mis à écrire un condensé d'informations.»

On est alors au milieu des années 80. L'auteur en herbe ne pense pas que son travail puisse susciter un intérêt. Après son service militaire, il devient réassortisseur dans une grande surface. Mais la rencontre de Yannick Delairesse et Michel Elsdorf, qui tiennent les rênes de Noir Dessin Production, ouvre la voie à l'édition du livre. Un moment de grande émotion... «Moi qui étais réassortisseur, je me suis mis à faire des dédicaces. Il y a eu une exposition au Kinepolis. Je me suis rendu compte que ce sujet était vraiment souhaité. Des tas de gens m'ont dit: Pourquoi n'êtes-vous pas venu chez moi?»

L'odeur de la médaille

L'érudit local est aussi grand amateur d'humour. Quand il était sous les drapeaux, il a entendu plusieurs fois le rire du sergent, provoqué par ses blagues. Il a même réussi à insuffler un peu de comique à la revue de la 7 éme compagnie médicale, c'est tout dire. Encouragé à persévérer aussi dans cette veine, il commettra des recueils consacrés aux Flamands, aux femmes... Et aux horreurs.

Avec les ouvrages traitant de l'exposition universelle de 1905, des deux guerres mondiales, de Chênée et tout récemment des inondations, c'est le fouineur du passé liégeois qui reprend le dessus. Il piste particulièrement les documents photographiques et les témoignages personnels. «Mon grand-père, raconte-t-il, a un jour sorti d'une vieille boîte à cigares sa petite médaille métallique de prisonnier en Allemagne. Il m'a dit que quand il la sentait, elle sentait encore le désinfectant qu'on avait mis sur les prisonniers quand ils ont été libérés. Si moi je respirais, je ne sentais rien, bien sûr. C'était un souvenir. C'est là que je me suis dit qu'il y avait encore beaucoup à faire sur la guerre chez nous, la guerre telle que les gens l'avaient vécue. Je ne saurais pas vous dire quelle armée a libéré Chênée, mais je peux vous dire que c'est le concierge de l'athénée qui s'est fait tuer le premier, quand il est monté sur un char, par un Allemand planqué.»

Les richesses que tant de gens conservent dans leur mémoire ou dans leurs vieux papiers n'ont pas fini d'étonner Jean-Louis Lejaxhe. «Ils ne réalisent pas à quel point tout cela peut être intéressant pour les générations futures. Il ne faut pas que la mémoire récente disparaisse, comme cela a été le cas pour ce qui est plus ancien. Quand vous pensez qu'il ne reste plus rien des premiers films de l'histoire du cinéma ou des archives des débuts de la RTB...»

Des sujets en chantier? Il y en a, bien sûr, mais... Surprise.

© La Libre Belgique 2006