Gazette de Liége

Lobby : terme anglais signifiant groupe de pression ou d’intérêts et évoquant un groupe organisé, non gouvernemental, qui a pour but de faire valoir ses points de vue et intérêts auprès des institutions et qui, par là même, entend peser sur les décisions politiques.

Ce terme de lobby, et plus spécifiquement celui de "lobby des urbains liégeois", sied tout à fait, et même si son président François Schreuer affiche sa volonté d’être "un mouvement des urbains", à l’ASBL liégeoise urbAgora. Cette association, qui a réussi à se rendre omniprésente dans les médias, a été fondée en mars 2008 par une vingtaine de personnes soucieuses de l’aménagement urbain de Liège. Elle fait suite à la pétition "Oui au tram, non à l’autoroute !" initiée à la fin de l’année 2007 pour demander une réorientation de la politique de mobilité en région liégeoise vers les transports en commun.

Depuis, l’ASBL liégeoise, qui rassemble aujourd’hui près de 100 membres effectifs - auxquels il faut ajouter, selon son président, quelque 50 sympathisants -, a considérablement étendu son champ d’action, s’intéressant souvent de manière approfondie et prenant des positions tranchées sur de sujets aussi variés que le tram bien entendu mais aussi l’implantation du nouveau stade du Standard ou encore, tout récemment, l’avenir urbanistique de Seraing. Mais selon François Schreuer, "notre objet social est et reste très net", à savoir une réflexion sur les nombreux enjeux urbains. "Ce qui est fondamental, poursuit ce dernier, c’est la notion de centralité en liaison avec la qualité de vie des citoyens". Malgré cela, et même si selon lui "les enjeux importants en termes de mobilité, de pollution sont situés au niveau des centres urbains", l’ASBL ne se limite pas à Liège-Ville, d’où proviennent la majorité de ses membres, mais veut penser à l’échelle de l’agglomération liégeoise, en défendant fermement l’idée d’une communauté urbaine à définir.

"Dans ce cadre-là, cela a du sens d’inclure dans notre réflexion des communes telles que Fexhe, Soumagne ou d’autres", affirme le président d’urbAgora. "Ce contre quoi nous nous battons, continue ce dernier, c’est un étalement urbain qui est prôné par certains et dont un récent projet de lotissement à Horion en est le parfait exemple". Mais François Schreuer de réfuter catégoriquement le côté donneur de leçons dont certains peuvent l’affubler et de se poser en "allié des communes", reconnaissant l’existence de toute une série de "contraintes budgétaires et autres" et insistant sur l’importance de faire les bons choix en la matière en se plaçant dans une perspective globale et sur le long terme. Ainsi, à l’instar d’autres, le président de l’ASBL urbAgora préfère parler de "développement soutenable" que durable, un qualificatif qui est selon lui galvaudé et "mal traduit de l’anglais".

Soucieuse de développer encore ses activités, l’ASBL liégeoise vient de demander à la Région wallonne de la reconnaître en tant que Maison de l’urbanisme. Elle serait ainsi la seconde du genre en province de Liège puisque la Maison de l’urbanité, fondée en 1991 notamment par la Pr Bernadette Merenne (ULg), a reçu son agrément régional il y a quatre ans. Aux dires de François Schreuer, "il y a de la place et cela a du sens d’avoir deux institutions de ce type à Liège". Même son de cloche, ou à peu près, du côté de la Maison de l’urbanité et de son président, l’architecte Pierre Sauveur, pour qui "il n’y a pas de plates-bandes en la matière", même si ce dernier met gentiment en garde urbAgora et son président contre "sa tendance à vouloir dire LA vérité". Michel Firket (CDH), l’échevin liégeois en charge de l’Urbanisme, ne dit pas autre chose, estimant qu’"il est très intéressant pour une ville que la réflexion autour de l’urbanisme s’inscrive le plus largement possible" mais reconnaissant aussi "un risque de dérapage monopolistique" dans le chef d’urbAgora. Son président, lui, précise qu’"il ne s’agirait que d’une mission à part entière de l’ASBL" et assure que "l’exigence de pluralisme serait bien évidemment respectée".