Gazette de Liége Handicap L’ASBL La Lumière réalise une campagne de sensibilisation auprès des restaurateurs.

Le 13 avril dernier, Frédéric Storme, déficient visuel, partageait son mécontentement sur le réseau social Facebook, message relayé par 1 794 internautes. En cause ? Celui-ci s’était vu refuser la veille au soir l’entrée dans deux restaurants liégeois. La raison invoquée par les restaurateurs ? La présence de son chien guide. Si certains connaissent la loi autorisant les chiens guides dans les lieux publics, d’autres cependant l’ignorent encore. C’est l’une des raisons qui a poussé l’ASBL La Lumière, venant en aide aux personnes non et malvoyantes, à lancer une campagne de sensibilisation auprès des restaurateurs. L’ASBL tient ainsi à rappeler la loi1 autorisant "l’accès libre et sans muselière des chiens guides" d’aveugle ou d’assistance accompagnant des personnes handicapées, quel que soit le type de handicap, "à tous les transports et lieux ouverts au public (commerces, hôtels, restaurants, etc.)", et ce "sans facturation supplémentaire". "Même si nul n’est censé ignorer la loi , c’est à La Lumière de rappeler ce genre de chose", consent Aurélie Jacqmin, attachée de presse de l’ASBL.

Des menus en braille

La Lumière profite également de cette campagne pour rappeler aux restaurateurs les comportements à adopter face à une personne présentant une déficience visuelle. Des gestes simples ou indications qui peuvent grandement faciliter l’accessibilité de celle-ci au restaurant. Des séances gratuites de sensibilisation sont notamment proposées aux restaurateurs qui le souhaitent ainsi que des menus en braille ou en grands caractères. 1645 établissements en province de Liège ont ainsi été conscientisés par l’intermédiaire d’un courrier. Reste maintenant à savoir si les restaurateurs suivront le projet. " C’est aussi au restaurateur d’être volontaire, on ne peut pas le forcer" , concède Aurélie Jacqmin.

Un projet pilote de menus en braille a déjà débuté avec le restaurant salade bar 12-30 à Liège qui en a commandé six. "On souhaite maintenant élargir le projet", spécifie-t-elle. Pour un prix démocratique (le coût du matériel), l’ASBL se charge de transcrire les menus, de les imprimer et de les relier dans son Entreprise de travail adapté (ETA).

"Démystifier le handicap visuel"

Anne Dautrebande est non-voyante tardive et chargée du travail de transcription en braille au sein de l’ASBL. Pour elle, nul doute qu’un tel menu serait la bienvenue dans les restaurants : "d’ordinaire, je dois demander au serveur qu’il m’énonce la carte. Ça permettrait de consulter le menu à mon rythme, sans dépendre de quelqu’un. Ça fait partie de l’accueil. C’est aussi un outil d’intégration dans la société". Celle-ci insiste également sur l’importance de "démystifier le handicap visuel", en donnant quelques conseils aux restaurateurs : "s’adresser à nous comme à d’autres personnes, nous indiquer la place, où elle se situe par rapport à l’entrée, expliquer l’assiette selon une horloge, où sont le sel et le poivre, venir demander quelques fois si tout se passe bien,…".

Quant à l’accès des chiens guides dans les lieux publics, il s’agit selon elle d’une nécessité "à l’autonomie de la personne handicapée". Et si refus il y a, "il ne faut pas non plus généraliser. Cela fait 17 ans que j’ai un chien guide et j’ai été refusée une fois dans un restaurant et trois fois dans une boulangerie".

1- Voir la loi n°2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances.