Gazette de Liége

Al’âge de 6 ans, Giovanni Sanfilippo quitte son Palerme natal pour débarquer dans la banlieue industrielle de Liège où son père vient travailler dans les mines. Le petit garçon est un brillant élève, passionné par le foot et la littérature. Un court séjour à Paris avec son oncle lui permet d’entrevoir l’émancipation par la culture et les études.

Son diplôme de droit en poche, Giovannil emménage à Paris dans les années 60, fréquente le milieu littéraire et se lance dans l’écriture d’un roman qui fait écho à sa propre vie, celle d’un jeune immigré sicilien à Liège. Car la Sicile, gangrenée par la mafia, le tenaille, le hante, l’attire irrésistiblement. Cette terre, il y retourne de loin en loin et il va finir par s’y installer, mais à quel prix ?

"L’ombre de Palerme" (1) de René Swennen se veut un roman sur la sicilitude, la fascination qu’exerce ce pays sur ses expatriés. Mais l’auteur, courant trop de lièvres à la fois (le livre est truffé de considérations sur la littérature, la religion, la philosophie), n’explore pas assez en profondeur l’identité culturelle de son personnage. Le style d’écriture plutôt froid empêche le lecteur de développer une quelconque empathie pour Giovanni dont on ne comprend pas toujours les motivations et dont on se désintéresse complètement du sort. A ceux qui voudraient tout de même découvrir "L’ombre de Palerme", on déconseille de lire la quatrième de couverture qui dévoile jusqu’à la fin de l’histoire !

Encore une histoire de passage à l’âge adulte, mais beaucoup plus réussie cette fois, avec "La cravate de Simenon" (2) de Nicolas Ancion, un court roman publié dans une collection qui regroupe des textes destinés aux élèves de secondaire et à ceux qui apprennent le français.

Le récit débute à la fin des années 70. Baudouin grandit entre un père extraverti, grand lecteur devant l’éternel et atteint d’un cancer du poumon, et une mère taciturne et éteinte. Le père possède un trésor, une cravate ayant appartenu à Simenon, un porte-bonheur qui l’accompagne dans les grands moments de sa vie.

Devenu adolescent, Baudouin trouve sa vocation : il veut suivre les traces de Simenon en devenant journaliste puis écrivain. Il va s’approprier la fameuse cravate et l’utiliser aussi comme gri-gri. A l’âge adulte, alors que son père est à l’agonie, ses parents vont lui faire de bouleversantes révélations sur son identité et sur cette fameuse cravate.

Grâce à une écriture simple, fluide et sensible, Nicolas Ancion réussit le pari de raconter une histoire à la fois grave et légère. Ce texte touchant sur la filiation et les liens du cœur est rempli d’émotion et de profondeur. Dommage qu’il ne fasse que 74 pages. On en aurait bien lu le double !

(1) L’ombre de Palerme, René Swennen. Weyrich, 196 pp., 15 euros.

(2) La cravate de Simenon, Nicolas Ancion. Didier, 74 pp. 9,50 euros.