Gazette de Liége

Ainsi donc, près de trois ans après l’annonce officielle, par le ministre alors en charge de la Mobilité et des Transports, à savoir André Antoine (CDH), de la décision d’installer un tram à Liège, le nouveau ministre en charge Philippe Henry (Ecolo) a obtenu de haute lutte du gouvernement wallon qui s’est tenu ce jeudi un accord sur son tracé. Mais cet accord est un peu à l’image du communiqué qui a été envoyé jeudi, soit minimaliste. Et que dire alors de la première phase du tracé désormais confirmée par l’exécutif régional, à savoir la liaison Sclessin-Coronmeuse ?

"Un projet au rabais", a réagi hier la députée wallonne Christine Defraigne (MR), et on peut en effet difficilement lui donner tort. Certes, et ce n’est pas sa consœur Veronica Cremasco (Ecolo), quasi la seule à venir au secours de son ministre, qui dira le contraire, le gouvernement wallon s’est engagé à réaliser le tracé de fond de vallée, de Seraing à Herstal, initialement prévu et à développer en région liégeoise ce mode de transport structurant tant attendu

Au rayon des réactions, outre bien entendu le parti vert, il n’y a vraiment que l’ASBL urbAgora, opposée de longue date au projet de tracé avalisé par le comité exécutif du tram liégeois (et sur lequel l’exécutif régional s’est donc assis), pour se réjouir de cette décision de confirmation d’un tram au rabais. Alors, oui, on nous dira qu’il ne s’agit ici d’une première phase et que c’est une façon d’enclencher les choses - "loin d’être un aboutissement, on peut espérer que la décision de ce jour soit surtout un commencement", rêve urbAgora, plaidant pour la réalisation sans attendre d’un REL et la création future d’un second axe de tram, transversal, tel qu’issu de l’étude "Transurbaine".

Mais en ce qui nous concerne, on ne peut quand même s’empêcher de penser qu’il s’est agi ici d’un véritable gâchis

En effet, d’un véritable enjeu de mobilité à l’échelle de l’agglomération liégeoise, le gouvernement wallon a fait de ce projet de tram une pathétique querelle politicienne. Et de cette crise, outre les Liégeois eux-mêmes, tous les partis majoritaires sortent perdants. C’est le cas d’Ecolo qui, malgré l’obstination du ministre Henry et sa volonté affichée d’avancer, n’obtient pas au final le projet dont le parti avait rêvé dès avant les régionales de 2009. Que cela va donc être dur pour les verts locaux de défendre encore un projet de mini-tram qualifié de "délire" par la cheffe de groupe au Conseil communal Bénédicte Heindrichs (Ecolo) !

Et que dire alors de l’attitude du CDH, tant local que régional, naviguant à Liège entre hésitation et non-prise de position claire sur ce dossier tandis qu’à Namur, il torpillait les ambitions liégeoises. Quant au PS, parti dominant des majorités communale et régionale, son silence fut assourdissant et ce n’est que dernièrement que les Demeyer, Marcourt et consorts semblent s’être réveillés. Cela sans évoquer les "dindons de la farce" que sont Alain Mathot et Frédéric Daerden.

Dans ces conditions, on peut donc se demander, comme d’aucuns le font désormais ouvertement - ainsi, l’architecte Alain Mariage se demandait il y a peu dans "La DH" s’il ne valait pas mieux "chercher une autre réponse aux attentes des Liégeois" que de se focaliser sur le tram, qualifié de "monstre qu’on va payer longtemps" - si un tel tram est bel et bien nécessaire. Certes, on nous rabat les oreilles avec la perspective d’une Expo internationale à Liège en 2017 et donc l’urgence présumée de "faire le tram", mais la Cité ardente n’a-t-elle donc pas d’autres atouts à faire valoir qu’un tram-exhibition et un mode de transport tel que celui-là ne devrait-il pas être pensé par et pour les Liégeois ?