Gazette de Liége

REPORTAGE

Dans les années 70-80, la SNCB a vendu une partie de son patrimoine, le plus typique qui soit. Habiter une gare? Quelle drôle d'idée. Pas si folle que ça! Ces authentiques bâtiments historiques disposent d'une âme particulière que certains propriétaires sont parvenus à conserver.

Ainsi, en suivant la route de Modave, au départ de Huy, au carrefour unissant Vierset et Marchin, virez à droite. A l'entrée du village de Barse, s'élève encore sur la gauche, la gare, propriété privilégiée de Boris et Nada Mestchersky, un couple d'artistes peintres indépendants, originaires de Liège. `Je suis tombée amoureuse de cette gare immédiatement´, s'exclame Nada, l'épouse d'origine yougoslave, de Boris. `Un jour, il y a 5 ans, Boris exposait à Huy. En me promenant dans la région, je suis tombée dessus. Elle avait l'air abandonnée. Les voisins m'ont dit qu'elle était à vendre. Elle appartenait à un prêtre.´ Ce prêtre la tenait de son père - qui l'avait acquise en 1981 - et il semblait las de s'en occuper. Prêtée à des scouts pendant plusieurs années, la gare avait subi quelques dégradations. Mais les acheteurs potentiels étaient souvent artistes et le prêtre restait réticent. `Comme atelier, c'est idéal observe Boris. Mais, ce ne sont pas les artistes qui ont le mieux les moyens!´ Et Nada d'embrayer: `Nous voulions une maison originale qui nous servirait d'atelier. Puis, enfin, le propriétaire a accepté de vendre! Bien que nous soyons artistes tous les deux. C'était un rêve!´ La gare a conservé son drapeau belge, flottant au sommet de l'entrée, ainsi que la plaque indiquant l'arrêt.

Témoin du passé

Construite en 1865, la gare de Barse a traversé les siècles sans bouger. Aujourd'hui, les bosquets ont remplacé les rails de jadis, c'est cette particularité qui plaît tant à Boris et à son frère, Anastacio.

`Penser que cette maison a vu passer des centaines de voyageurs me fascine. C'est un monument historique. Un symbole, des racines que l'on recherche. Une gare, c'est un lieu de rencontre entre des gens qui s'en vont et d'autres qui arrivent. C'est un lieu public. Aujourd'hui encore, les gens sont les bienvenus chez nous´. Et les curieux sont nombreux à faire une halte. `Surtout des Flamands et des Néerlandais, enchaîne Nada, Ils viennent et nous demandent si nous vendons (rires!) Ah, ça jamais! Pourtant, nous aimons bouger, changer de vie souvent. Mais nous conserverons cette maison quitte un jour peut-être à en faire une table d'hôtes...´ Cette gare est surtout un atelier d'artistes. `Certains artistes font un atelier dans leur maison, nous, nous avons fait de notre atelier, notre maison!´ conclut-elle. Nada, Anastacio et Boris sont en effet tous les trois peintres ou dessinateurs indépendants. Ne vivant que de leur art, ils ont opté pour une vie calme, simple, partagée entre leur art, la lecture, le riche potager bio et les fleurs, passion de Nada. Car la gare impressionne aussi pour sa décoration florale. Il y en a partout et de toutes les sortes. `C'est lié à mes origines. En Bosnie, toutes les maisons sont en fleurs´, ajoute-t-elle.

Une gare reste une gare. La porte d'entrée permet de pénétrer dans la salle d'attente - leur salle à manger - dans laquelle la porte du fond donnant accès, autrefois, au quai, conduit le visiteur au jardin. Boris et Nada n'ont jamais modifié le décor originel. Par respect pour ce lieu authentique d'abord. Par manque de moyens aussi mais si peu. Ici, le temps s'est arrêté mais on y respire le `bien vivre´. Les guichets de jadis séparent l'atelier du salon. Les petites ouvertures utiles pour l'achat du ticket sont désormais cachées par des rangées de bouquins divers. `On aime lire, on aime le calme. Nous sommes heureux ici´, répètent-ils inlassablement. Les anciens bureaux forment une partie de l'atelier des peintres. Le reste se dissimule à l'étage. Entre pinceaux, tableaux et couleurs, une grande horloge indique le temps qui passe comme il indiquait autrefois l'heure du prochain départ.

© La Libre Belgique 2002