Gazette de Liége

Récemment, l’échevin liégeois de l’Urbanisme, Michel Firket (CDH), faisait le point sur l’état d’avancement des différents projets devant constituer à terme "un nouvel axe urbain", dénommé Guillemins-Médiacité et s’étendant de la gare Calatrava au nouveau complexe commercial du Longdoz. Parmi les aménagements contenus dans ce vaste plan et qui doivent tous être réalisés d’ici 2015, celui de la construction d’une nouvelle tour des Finances n’est pas celui qui suscite le moins de réactions. Ainsi, suite à la journée d’information organisée le 8 mai dernier par la Ville sur ces futurs développements urbains, la plate-forme Guillemins.be, rassemblant depuis fin 2008 six associations et comités soucieux de l’avenir du quartier, ne s’est pas privée de (re)critiquer un projet dont elle juge l’ampleur démesurée.

Mais, au fait, de quoi s’agit-il au juste ? Pour rappel, c’est en mars 2009 que le marché ayant trait à la construction d’une nouvelle tour destinée à abriter les quelque 1200 agents des Finances a été attribué par la Régie des bâtiments, ancien propriétaire de l’actuel bâtiment, à la SA Fedimmo, filiale à 90 % de Befimmo SCA et à 10 % de l’Etat belge. Préalablement, la SA Fedimmo avait racheté l’immeuble ou plutôt les immeubles occupés par le SPF Finances, à savoir un site de trois hectares comprenant quelque 39000 m2 de bureaux. Concrètement, le projet de construction d’une nouvelle tour, devant s’intégrer dans le périmètre de rénovation urbaine (PRU) du quartier des Guillemins et ayant obtenu en 2008 deux certificats d’urbanisme, prévoit à peu de choses près le même nombre de m2 précité de bureaux mais répartis sur 27 niveaux et une hauteur, en ce compris le mât de 18 mètres destiné à signaler cette tour, estimée à 118 mètres. Outre cela, le marché attribué en mars 2009 à la SA Fedimmo comprend également la démolition des bâtiments existants consistant en la tour mais aussi en deux autres immeubles.

Actuellement, ainsi que l’ont précisé vendredi matin les représentants de Fedimmo et de Befimmo, "on se situe en phase d’instruction du projet" puisque la demande de permis d’urbanisme vient d’être déposée à la Ville et que l’enquête publique va débuter ce mardi pour se clôturer le 23 juin. Viendra ensuite l’avis du fonctionnaire délégué de la Région wallonne, une décision du Conseil communal et enfin la décision des fonctionnaires délégué et technique sur un projet vanté par ses promoteurs, et ce notamment en termes de performance énergétique - la tour disposerait selon Fedimmo d’un score excellent en matière de certification Breeam -, mais qui suscite déjà toute une série de réactions. Ce qui inquiète voire irrite certains, c’est bien entendu la taille imposante - en effet, la tour serait plus de trois fois plus haute que la gare des Guillemins - de ce qui est censé constituer, selon les architectes et ingénieurs porteurs du projet, un "répondant à la gare Calatrava".

"Passé 12 étages, peu importe la hauteur du bâtiment, l’incidence est la même", affirme Martine Rorif, chargée de projet. Ce qui est sûr, selon certains, c’est que ce projet "calatravesque" ouvre tout droit la porte à des recours, ce qui serait bien évidemment de nature à le retarder. Un retard qui, selon l’échevin Firket, n’aurait toutefois aucune influence sur le reste des aménagements prévus et notamment sur la future esplanade (et l’ensemble d’immeubles y afférents) qui, pour rappel et au contraire de la passerelle vers le parc de la Boverie, n’est pas financée par les fonds européens et n’est pas concernée par la "dead line" de 2015. Reste que malgré ces apaisements quant au calendrier relativement serré qui est celui de Fedimmo - en effet, le début des travaux est prévu en mars 2011 et le déménagement des agents d’une tour à l’autre d’ici quatre ans -, François Schreuer, président de l’ASBL UrbAgora et membre de la plate-forme Guillemins.be, n’en démord pas.

Ainsi, pour lui, "la tour proposée par Fedimmo est beaucoup trop massive et ne s’intègre pas dans son environnement". Ce qui pose problème selon ce dernier, c’est bien évidemment le gabarit jugé "disproportionné, en complète rupture avec le quartier et qui ne respecte d’ailleurs pas le PRU". À ce sujet, tant Fedimmo que Michel Firket précisent respectivement que "l’exigence est que les gabarits soient en relation avec la nouvelle gare TGV, ce qui est le cas ici" et que "Fedimmo a inscrit son projet dans le cadre du PRU". Ce qui pose également problème, selon François Schreuer, c’est "l’affectation fonctionnelle" de la tour envisagée, quasi exclusivement à des bureaux, ce qui fait qu’"elle sera morte en soirée". Enfin, une des critiques (ré)émises est l’absence de concours d’architecture et de "véritable débat" sur la forme que doit prendre cette tour, de même d’ailleurs qu’en ce qui concerne la future passerelle. "Quoi que l’on en dise, la gare est une œuvre architecturale. Pourquoi donc ne pas poursuivre dans cette voie plutôt que de bâcler un projet capital comme celui de la tour ?", se demande François Schreuer.