Gazette de Liége

Sous ses apparences de quiétude provinciale, le quartier du Laveu est un microcosme qui continue à bouger en tous sens : comité de quartier, comité de rues, comité des commerçants, sans tambour ni trompettes (sauf pour les fêtes !), ce coin de ville qui est un peu comme un village dans la cité respire encore la fraîcheur que lui vaut la proximité de la colline boisée de Cointe.

Coupé du centre-ville par le viaduc et l'autoroute, le Laveu a toujours semblé quelque peu batifoler entre ville et campagne. Il était jadis à la fois populaire dans le bas et résidentiel dans ses hauteurs, mais les ravages commis par l'aboutissement aux Guillemins de l'autoroute - cette "piste de ski" qui ne sut où aboutir des années durant - ne pouvaient que raréfier les occupants, briser les commerces et encercler un coin d'habitat dont les rues serpentent des hauteurs de Cointe en cascadant à travers bosquets, jardins et placettes provinciales.

Bientôt un petit marché ?

Si l'animation d'une ville s'établit aussi sur le nombre de ses bistroquets, le Laveu, dans les années 1970, en comptait encore sept sur une superficie couvrant 19 rues, deux places et une population de quelque 9 000 riverains. Il n'en subsiste plus que deux. Les démolitions ont rasé plusieurs rues, défiguré quelques autres et, des 91 commerces qui avoisinaient la place du Laveu, subsistent malgré tout une poignée d'entre eux acharnés à restituer une convivialité égarée au fil du temps.

Le coeur reste évidemment la place du Laveu, à présent aménagée, pourvue de quelques arbres et d'un banc mis à disposition par la présidente du Comité des commerçants, devant l'arrêt de bus et un commerce qui fleure bon la Provence avec son parasol, la jovialité de son étal et ses vitrines colorées. L'endroit est d'ailleurs tellement vivant qu'on espère y monter cette année un petit marché qui pourrait devenir bi-annuel et ne manquerait pas de rassembler des habitants qui n'ont plus guère l'occasion de se retrouver, en dehors de quelques moments privilégiés, fête locale, barbecue ou Saint-Nicolas.

Les meilleurs atouts Le quartier, où sont ancrés de petits commerces encore conviviaux qui s'efforcent de rétablir une vitalité à un lieu qui fut jadis très animé, a toujours possédé une richesse vitale avec son école communale, son église, une clinique, une crèche, un collège, une plaine de jeux, jadis deux théâtres (dont l'Arlequin de José Brouwers), une église orthodoxe russe dont les bulbes bleus frappent l'endroit d'une estampille, un ciné-club et, plus récents, une radio-télévision, un musée du papillon et un autre de l'éclairage au gaz. C'est beaucoup sur un lopin de terre qu'on a rétréci et qui conserve fort heureusement son allure faubourienne.

Le Laveu a également su garder son poumon vert, grâce aux diverses interventions des comités actuels, héritiers d'une longue lignée de ces comités de quartier qui, dans l'Entre-Deux Guerres, veillaient aux intérêts de l'endroit, jadis ancienne propriété rurale appartenant depuis le Moyen Age à la famille des Lavoir (devenu Laveu en wallon). Le charbonnage de la Haye amena la construction de multiples habitations ouvrières qui, elles-mêmes, firent naître les commerces.

Le "poumon vert", on le doit à M. Gérard, un pensionné qui s'était mis à aménager seul une seconde mare au pied du terril, rendant vie à des crapauds accoucheurs, une variété de grenouilles peu connue. Il s'agissait en fait des eaux de résurgence de l'ancien charbonnage qui avaient formé une mare où s'étouffait toute vie aquatique. Le site est devenu un outil pédagogique confié à l'Université.

Le quartier est donc très actif sous ses apparences de fausse nonchalance : trois journées festives en juin, le défilé des gosses pour la Saint-Nicolas - mis en place par les Maus & Cie - plusieurs barbecues quand le temps s'y prête et quelques expositions nostalgiques, en espérant le futur petit marché.

Reste à évoquer les escaliers de Chauve-Souris, qui coupent Henri-Maus en deux tronçons, et dont la partie haute est verdoyante, tandis que la partie basse, descendant jusqu'à la rue Comhaire, rappelle le souvenir des GI's qui les gravissaient en jeeps : le Laveu est effectivement la voie possédant la plus grande déclivité des artères carrossables de la ville.

L'ensemble de tout cela donne au quartier un visage humain que les habitants ont également voulu marquer tout un temps par des jardinières décorant les façades. Hélas, les vandales descendant de Saint-Gilles prirent plaisir à les massacrer, comme ils le font encore sporadiquement des vitres de voitures. Le commissariat local a été supprimé depuis longtemps !

En attendant le prochain barbecue du 5 mai, les fêtes de juin et une balade cycliste en septembre, le quartier du Laveu reprend des forces pour affronter l'ère nouvelle.

Demain : Thier-à-Liège