Namur-Luxembourg

Installée à Rekkem, sur la frontière belgo-française, Ons Erfdeel - Notre patrimoine... - joue un rôle unique dans les relations entre nos communautés. Elle poursuit en effet un double but: promouvoir la coopération culturelle entre tous les néerlandophones (de Belgique, des Pays-Bas et d’ailleurs) et informer les francophones mais aussi l’étranger sur la culture de la Flandre et des Pays-Bas. Cela se traduit entre autres par des publications telles "Septentrion" (trimestriel) et "Les Pays-Bas français - De Franse Nederlanden" (annuel) où des auteurs tant francophones que néerlandophones confrontent leurs visions sur bien des aspects.

Dans cet esprit, voici neuf ans déjà, la rédaction de "Septentrion" avait confié une mission plutôt agréable à Luc Devoldere qui en assume aujourd’hui la direction dans le même esprit d’ouverture que le père-fondateur Jozef Deleu. Cette excellente plume devait en effet pour des numéros thématiques sur "ces fleuves qui nous unissent" descendre l’Escaut et ensuite la Meuse. Une tâche dont il s’était acquittée bien volontiers même si ce fut toute une aventure: ainsi, il dut chaque fois recourir à trois bateaux différents, toujours plus grands à mesure qu’il se rapprochait de l’embouchure.

Le troisième fleuve belge vint s’ajouter à son ordre de mission: il descendit donc aussi l’Yser en janvier 2005. En outre, il s’est encore attaqué à la Lys. D’accord, elle n’atteint pas la mer mais elle tombe dans un estuaire lorsqu’elle se jette dans l’Escaut à Gand. Luc Devoldere a rapporté ses aventures dans les revues précitées mais il s’imposa aux yeux de l’équipe de Ons Erfdeel de les relier dans une publication commune. Quoi de plus normal puisque ces cours d’eau ont en commun de trouver leur source en France et deux d’entre eux, et non des moindres, terminent leur course aux Pays-Bas!

Doel, le village condamné

De fil en aiguille, ou pour rester dans la thématique: au fil des eaux..., Luc Devoldere a réuni ses récits qui mêlent aussi bien l’histoire que l’actualité - à découvrir , entre bien d’autres chapitres, celui qu’il a consacré à Doel, appelé à disparaître... - mais il a également voulu donner la parole à toute une série d’auteurs qui ont décrit, voire chanté les fleuves. Sans le moins du monde exclure l’un ou l’autre auteur parce qu’il n’est pas ou plus "politiquement correct". Nous pensons à Cyriel Verschaeve ou à Louis-Ferdinand Céline mais on précisera que leur textes ont été écrits "in tempore non suspecto". Du reste, pourquoi se priver de beaux textes qui montrent la dimension à la fois universelle et particulière des fleuves? C’est en même temps, une occasion unique de confronter, pacifiquement, cette fois la prose et la poésie de tous les pays et de tous les terroirs concernés. Une belle opportunité également pour les francophones de s’initier aux poèmes et aux textes des plus grands de Flandre et des Pays-Bas. Où l’on rencontre à la fois Hugo Claus et Guido Gezelle, Stijn Streuvels et Willem Elsschot, Cyriel Buysse et Paul Van Ostaijen... Du côté français ou français de Belgique, c’est aussi le "gratin": de Chateaubriand à Baudelaire et de Simenon à Arthur Rimbaud sans oublier Emile Zola et, bien entendu Brel qui n’a pas chanté que le Plat pays mais aussi celui de Liège. Bref, un superbe livre dont les textes sont magnifiquement mis en valeur par une iconographie de qualité. Ah oui, il est aussi disponible en néerlandais. Quel bel exercice d’immersion fluvial et linguistique!

Renseignements: Ons Erfdeel, Murissonstraat, 260, 8930 Rekkem; tél.: 056.41.12.01