Namur-Luxembourg

Les collines s’étendent des deux côtés de l’Ourthe. A perte de vue. Bienvenue dans “la vallée” de Marc Coucke à Durbuy. Ici sur une superficie de plus de 350 hectares, le milliardaire gantois veut développer un parc d’attraction “plus grand que Disney Land Paris”. “Notre parc sera un mélange d’aventures, d’attractions diverses, mais aussi de promenades”, annonce le président du KV Ostende. Ce parc a désormais un nom : “Adventure Valley Durbuy”. En fait, il réunit deux anciens concurrents, rachetés par Marc Coucke : “La Petite Merveille “de son nouvel associé Bart Maerten et “Durbuy Aventures” avec ses activités de kayaks, d’accrobranches,… .

“Le problème de Durbuy, c’est qu’au mois de janvier, il n’y a plus personne”, explique Bart Maertens. Nous allons aussi proposer des activités à l’intérieur, comme de l’escalade, pour pouvoir être présents 7 jours sur 7, toute l’année.” Le but des deux associés : attirer jusqu’à 10 000 visiteurs par jour dans le parc.

Un trio flamand qui veut changer Durbuy

Si Bart Maerten est tombé dans la marmite de Durbuy dès sa naissance (d’origine flamande, sa famille est venue s’installer dans les Ardennes en 1964), Marc Coucke est aussi un “aficionado” de la région depuis longtemps. “Je venais avec mes parents quand j’avais huit ans, se souvient-il. De tous les projets où j’ai choisi d’investir après la vente d’Omega Pharma (NDLR : pour la somme de 1,45 milliard d’euros), Durbuy est mon coup de cœur. C’est ici que je consacre le plus de temps et d’énergie.”. Et quand M. Coucke aime, il ne compte pas. Pour la plus petite ville du monde, il va débourser 100 millions d’euros dans les prochaines années. Ses projets vont d’un téléphérique reliant les différentes attractions et le centre-ville, en passant par un train électrique, un musée d’art contemporain (voir ci-contre) ou un “glamping”, soit un camping “glamour” aux tentes luxueuses.

Car l’aventure, le pharmacien de formation l’imagine en pointillé dès que la nuit tombe. “Les gens aiment se défouler en journée et ils pourront le faire dans notre parc. Mais le soir, ils aiment aussi bien s’habiller et manger dans des restaurants de qualité”.

Le duo flamand va ainsi devenir trio, puisque le chef étoilé Wout Bru rejoint la bande. Il sera chargé de la supervision de l’ensemble des restaurants, dont l’un gastronomique, que compte le projet. Pour la petite histoire, l’homme d’affaire gantois avait rencontré M. Bru lors de l’émission de téléréalité “Masterchef” des célébrités flamandes dont… Marc Coucke était sorti grand vainqueur.

Dans le monde du milliardaire flamand, les chargeurs pour les voitures électriques de luxe Tesla (Marc Coucke vient de s’en acheter une) ont remplacé les kartings et autres quads bruyants de l’ancien parc de Durbuy. “Ces attractions ramenaient pourtant 30 % du chiffre d’affaires de “Durbuy Adventure. Mais cela ne correspond pas à la vision écologique de notre projet”. Aucune attraction du nouveau parc ne fonctionnera donc “avec un moteur”. Cinq stations d’épuration vont aussi être installées, ainsi que des panneaux solaires.

Une dizaine d’opposants farouches au projet

Car Marc Coucke avance désormais à pas de Sioux. Il sait que sa venue n’a pas toujours été bien vue à Durbuy. Le délogement de plusieurs dizaines de résidents du camping “La Chênaie,” racheté par les associés flamands, avaient fait grand bruit. “On les a aidés financièrement et on s’est occupé de chaque cas particulier, se défend M. Coucke. On a même payé le déplacement des caravanes”. L’ancien propriétaire d’Omega Pharmea semble avoir retenu la leçon et ne veut pas toucher aux deux campings restants qui touchent “son” territoire. “Je ne veux pas chasser les gens. Je ne veux rien imposer. Je propose simplement”. Ce qui n’empêche pas le milliardaire de passer à l’action : estimant qu’il y avait trop d’Horeca dans le centre de Durbuy, M. Coucke y a racheté plusieurs magasins pour y vendre de l’artisanat local. Il posséderait désormais près de 15 % de l’immobilier de la ville.

Les opposants au projet se sont donc calmés dans la région, même si “une dizaine de personnes et leur avocat” continuent de mettre des bâtons dans les roues de l’entrepreneur flamand. “Ce sont des gens qui sont nés pour dire non et disons que cela nous met en retard de quelques mois”. Mais on a créé plusieurs dizaines d’emploi pour les habitants de Durbuy. Il existe un vrai enthousiasme pour notre projet et chaque jour on me propose de racheter des biens dans la ville”.

Durbuy fera-t-elle encore gagner davantage d’argent au président ostendais ? “Je ne sais pas si ou quand on sera rentable. J’ai toujours travaillé comme cela, sans me soucier du retour sur investissement. Et cela a toujours fonctionné. Dans les affaires, je n’ai jamais connu de grands échecs”, conclut-il.


Du Picasso à Durbuy ?

Musée d’art moderne. Marc Coucke veut construire un musée d’art moderne et contemporain à Durbuy. “Je possède la plus grande collection au monde, plus de 250 oeuvres, du peintre-plasticien Marcel Duchamp et je compte les exposer dans ce nouveau musée”. L’idée serait ensuite d’échanger ses œuvres contre celles d’autres artistes pour des expositions temporaires. “On peut très bien amener du Picasso à Durbuy”, explique-t-il.

Empire. Outre la société Durbuy Adventure, les deux investisseurs ont notamment racheté l’établissement hôtelier Jean de Bohême dans la vieille ville, un camping, un domaine de vacances, plusieurs hectares de forêts et des bâtiments et commerces dans le centre-ville.

A la carte . Il ne s’en cache pas : le milliardaire flamand veut attirer davantage de touristes aisés à Durbuy. “Mais nous voulons aussi que les touristes habituels puissent continuer à venir. Nous proposerons un service à la carte, comme je le fais dans mon club d’Ostende où les hommes d’affaires côtoient aisément les supporters de base”. Si les prix du parc d’attraction varieront entre 10 et 70 euros la journée, en fonction des activités, un couple devrait débourser entre 200 et 700 euros pour un week-end “tout compris” à Durbuy. La notoriété de Marc Coucke et Wouter Bru au Nord du pays devrait aussi encore davantage attirer de Flamands, déjà très nombreux, dans la plus petite ville du monde. R.Meu.