Enfants sur le fil de la séparation

Chantal Godard Publié le - Mis à jour le

Namur-Luxembourg

Le divorce et la séparation des parents génèrent souvent des conflits et des situations difficiles à supporter pour les enfants qui sont les premières victimes. Les statistiques sont parlantes. Rien que sur l’arrondissement de Namur, on comptait 1392 divorces et 450 séparations en 2008. En Région wallonne, la courbe des divorces est révélatrice : 7 191 divorces en 1990, 9 468 en 2007. Face à ce constat, le Conseil d’Arrondissement de l’Aide à la Jeunesse de Namur lance une campagne d’information, de sensibilisation et de formation à destination du grand public et des professionnels confrontés à ces situations au quotidien. "Séparation difficile Enfants sur le fil !" (subventionnée à hauteur de 43000 euros) est destinée à tous les professionnels qu’ils soient médecins, enseignants, infirmières One, avocats, responsables de Maisons de Jeunes mais aussi aux parents.

Le CAAJ a effectué un travail de récolte, de mise en liens et d’analyse de l’arrondissement de Namur en s’adressant à un large partenariat concerné par la thématique des séparations : les AMO, l’ONE, les écoles, les CPAS, les centres de planning M. Rihoux, président du CAAJ insiste sur "le travail de prévention à faire auprès de 'toute’ la jeunesse pour favoriser la bientraitance des enfants et éviter de cette façon qu’ils ne se retrouvent dans un programme d’aide".

Martine Colpaint, conseillère de l’Aide à la Jeunesse et secrétaire du CAAJ parle de "25 % des séparations et divorces qui sont très conflictuels et mettent les enfants en danger. Sans vouloir culpabiliser les parents ni diaboliser les divorces, nous sommes submergés par ces questions où les enfants se retrouvent mal pris dans des séparations houleuses. Il est parfois moins dommageable pour un enfant de vivre une séparation que de rester en permanence dans des conflits où il est traumatisé par des violences au jour le jour".

Fabienne Pierre, assistante sociale en charge de la prévention au Service Aide à la Jeunesse reconnaît que "le SAJ est confronté à une multitude de situations. Les parents ont une souffrance tellement énorme qu’ils n’ont plus le recul nécessaire pour protéger l’enfant. Ils ne savent plus prendre la distance entre leur propre vécu et l’enfant dont ils ne savent plus se différencier. Il s’agit de remettre chacun à sa place".

Différents outils sont proposés. Une formation à destination des professionnels est mise en place à Namur, Andenne, Sambreville et Gembloux. Répartie au choix en quatre soirées ou deux demi-journées, elle propose de comprendre le vécu de l’enfant et celui des parents. Elle aborde les aspects pathologiques générés par la situation conflictuelle, elle analyse la famille et la famille recomposée, les conflits de valeur et de loyauté qui s’y jouent.

Véronique Burns-Beeckmans et Martine Nibelle-Liénart, toutes deux thérapeutes spécialisées, dispensent cette formation : "Les participants viennent avec leur vécu et partagent leurs expériences. Le médecin généraliste peut y trouver une alternative à la prescription d’antidépresseurs. Une logopède peut être confrontée à un enfant qui va mal et présente des troubles du comportement. Les enseignants très sollicités voient parfois le nom d’un des parents biffé dans le journal de classe".

Des leviers existent mais sont mal connus du grand public. Des permanences de médiation familiale sont organisées à l’intérieur même du Palais de Justice. La médiation offre une alternative à la procédure judiciaire et permet aux parents de créer une distance par rapport à leur vécu tout en leur laissant la maîtrise de leur situation. Elle offre un espace de confidentialité, du temps et s’adapte au rythme de chacun. Un accord de médiation peut être homologué en justice. Des fascicules et brochures d’information sont disponibles. Un court-métrage d’Emmanuel Marre est en cours de réalisation. Le Service Droit des Jeunes de Namur dispensera des séances de vulgarisation juridique. Une conférence "Séparations houleuses : que vit l’enfant ?" est en préparation à destination du jeune barreau namurois. Coût de la formation : 20 euros.

Chantal Godard

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