Namur-Luxembourg

Le recueil "La voix des 100 voix" vient d'être présenté au théâtre de Namur en présence de ses auteurs : des apprenants issus des groupes d'alphabétisation du Centre d'Information et d'Education Populaire du MOC1.

Le fil conducteur de ce projet consiste à "donner la possibilité à ces personnes de dire, d'écrire, de rêver mais aussi de concrétiser des utopies sur leur qualité de vie dans leur environnement" et mettre en lien des personnes connaissant des difficultés avec le langage écrit et parlé.

Mise en lumière

Edité à tirage limité aux éditions "La belle Etoile" - grâce au fonds de La Poste pour l'alphabétisation -, le livre a été mis en musique par Noémi Tiberghien qui a animé les ateliers d'écriture disséminés en province de Namur : "Nous sommes parvenus à écrire collectivement une pensée politique et une critique sociale pour faire entendre la voix de la population. Ce livre est une vitrine et une mise en lumière de ce beau travail qui se fait tous les jours", affirme l'animatrice. "Nous avons relevé des défis pour parvenir à l'expression de soi, pour développer nos idées. Nous avons créé le terreau pour faire jaillir le travail de chacun. J'ai été moi même surprise par la force d'argumentation et la pertinence des propos exprimés. Nous sommes confrontés à une franchise qui va à l'essentiel".

Noémi Tiberghien nous raconte aussi comment les textes écrits par les détenus d'Andenne ont été censurés : "Ils avaient choisi de parler du fonctionnement de la prison. Comment tout se paie cher même dans une prison moderne. Si l'on n'a pas d'argent, on ne peut acheter de nourriture. Ils avaient voulu parler des rapports de force avec les agents pénitentiaires pas assez qualifiés, de la fouille corporelle et de l'humiliation, des suicides en prison, etc."

Tandis que les apprenants de Florennes ont préféré parler de leur culture mais aussi de leur vie dans un centre d'accueil, de leur attente pour obtenir un statut. Des textes poétiques illustrés de collages plein d'humour expriment la vie, l'amour et la mort.

Retisser le lien social

Ce jour de la présentation du livre au Théâtre royal de Namur est aussi un jour de rencontre entre les apprenants des différentes régions. Une dizaine d'apprenants de toutes origines culturelles ont réalisé une prise de parole sous forme de chants, de poésie ou de slam. Une performance pour des personnes qui ont des difficultés avec le langage.

Au delà de l'expression artistique, le CIEP avait pour objectif de retisser le lien social entre les apprenants et le monde politique communal invité au théâtre qui n'a, malheureusement, répondu présent que très partiellement à travers l'échevin namurois des Affaires sociales, Maxime Prévot. L'aboutissement de ce recueil est tout de même à l'oeuvre comme l'explique Virginie Delvaux du CIEP : "Représenter le pont entre ces différents acteurs de la société vivant trop souvent dans une incompréhension mutuelle : vision rigide et inaccessible du politique par les apprenants, vision floue et stéréotypée du public analphabète par les politiques".

Le livre est réalisé par les auteurs du collectif "Vie et présence" de la prison d'Andenne, du collectif "Si on" des demandeurs d'asile du centre Fedasil de Florennes, les gens alertes de Ciney, les insoumis de Namur et les Couvinois en folie. Info : 081.83 05 19.