Namur-Luxembourg

Le secteur du pellet - les granulés de bois pour chauffage central et pour poêle à bois - est en pleine ébullition. Sans jeu de mots. Pour bien des raisons. C’est pour faire le point sur ce secteur énergétique nouveau que l’entreprise Badger Pellets, du Groupe François (Paletteries, Recybois, Badger Pellets), à Virton-Latour, a invité samedi dernier tous les professionnels du secteur, qu’ils soient importateurs ou représentants de chaudières et poêles, installateurs ou encore distributeurs ou de pellets.

Avec un message très clair : il est urgent à la fois d’imposer des normes et de veiller à la qualité à tous les niveaux de la chaîne, de la production à la livraison chez le client final. Tout comme il est aussi urgent de prévoir une gestion adéquate de la forêt. Sans quoi non seulement le consommateur sera mécontent mais, en outre, l’objectif de développement durable par l’utilisation d’une source d’énergie renouvelable ne sera pas atteint. Un défi que Bernard François définit de "produit de la plus haute qualité et qui offre toutes les garanties de traçabilité, un système de livraison adéquat, un stockage adéquat".

Si ce qu’il faut bien qualifier d’avertissement tombe maintenant, c’est parce qu’il s’en passe des vertes et des pas mûres sur ce marché en pleine implosion. D’abord, la demande d’installations - qu’il s’agisse de poêles ou de chauffage central - continue à augmenter, ce qui indique que le consommateur a bien assimilé le fait que, dès que la reprise économique sera réelle, le prix du mazout atteindra très probablement des montants record. De plus, les prix du bois de chauffage en bûches ne cessent de grimper. "Du coup, indique Bernard François, on voit apparaître sur le marché des pellets importés le plus souvent des pays de l’Est et de mauvaise qualité."

L’importation est en soi contre-productive puisque le transport à longue distance réduit à néant le bénéfice environnemental de l’énergie par la biomasse. De plus, quasi tous les pellets importés contiennent des additifs - ne serait-ce que pour coller la sciure en pellets - qui peuvent eux aussi être polluants. Sans parler d’autres produits d’origine inconnue : les douanes italiennes ont ainsi récemment saisi un important tonnage de pellets venus de Roumanie et qui contenaient du césium 131, matière radioactive.

Les normes imposant une traçabilité complète et une fabrication sans produits ajoutés s’imposent dès lors d’urgence. Si l’offre en chaudières pour chauffage central à pellets ne pose aucun problème, ce n’est pas le cas pour les poêles, à en croire tant le patron de Badger Pellets et divers installateurs présents samedi. Là aussi, l’engouement des consommateurs est réel, "mais on voit apparaître sur le marché, en particulier dans certaines grandes surfaces, des poêles dont la combustion est mauvaise et qui sont ainsi fort gourmands en pellets".

Un autre volet de la question concerne la livraison et le stockage. Pour que le pellet arrive en bon état dans le silo du client final, il faut un moyen de livraison adéquat, à savoir des camions souffleurs spécialement prévus pour, et avec un compteur précis certifié par le ministère des Affaires économiques. Or, certains livreurs utilisent des camions souffleurs pour silos fermiers, qui abîment les pellets dans le transfert par soufflerie vers le réservoir du consommateur. Ce qui, là encore, provoque une surconsommation et peut causer des problèmes techniques par la poussière. De plus, nombreux sont les fournisseurs qui n’ont toujours pas de compteur, ce qui ôte au client la garantie de payer le prix exact pour la quantité fournie.

Enfin, Bernard François, connu dans le secteur pour ses convictions environnementalistes, souligne la nécessité de prévoir, en amont, une gestion de la forêt qui assure un approvisionnement local. Il souligne que sa production (certifiée DIN plus et 100 % naturelle) n’est nullement concurrentielle à l’industrie papetière ni à celle du mobilier, puisqu’il traite du bois de deuxième et troisième éclaircies, que n’utilise pas cette industrie. Mais il faut donc penser à une gestion adéquate de la forêt.

Bernard François souligne encore, pour tordre le coup à une idée fausse, qu’il n’a pas non plus recours à du bois de récupération : ce dernier sert à la production d’énergie pour l’usine. Un consommateur averti en vaut deux.