Namur-Luxembourg

Agrégé en lettres et enseignant de français à l’Institut Supérieur Provincial de Promotion Sociale à Namur, Dominique Dupriez, 36 ans, nous a commenté l’écriture de son livre "La nouvelle orthographe en pratique" qu’il vient d’éditer chez de Boeck-Duculot. Fruit d’un travail méticuleux et intensif ce livre tombait à point pour la fête de la langue française. Destiné au grand public, enseignants, futurs enseignants et "tous ceux qui écrivent et veulent intégrer la nouvelle orthographe", le livre, d’un abord agréable, se veut à la portée du plus grand nombre.

Plus de liberté

Dans une 1re partie, l’auteur présente le contexte historique et les enjeux de la promotion de la nouvelle orthographe (qui est moins "nouvelle" qu’on ne le pense, puisque les rectifications orthographiques ont été publiées en France en 1990). Dans un 2e chapitre, les règles de la nouvelle orthographe sont systématiquement expliquées et conjointes à des listes incluant les mots écrits en ancienne et nouvelle orthographe. Sont concernés : le trait d’union, le singulier et le pluriel, l’accentuation, la simplification de graphies anciennes et des lettres doubles. Un index alphabétique permet de vérifier rapidement l’orthographe des mots transformés.

Dominique Dupriez nous explique le cheminement qu’il a suivi : "J’ai pris l’habitude de faire attention à ma propre orthographe et d’être très scrupuleux. Notamment en Tchéquie où j’ai enseigné le français mais aussi en promotion sociale, où le public est fragilisé sur le plan de la langue française. Les étudiants font en moyenne deux ou trois fautes par ligne. Cela m’a appris à relativiser l’orthographe et à conclure que l’orthographe n’est pas un critère d’intelligence ." "J’ai cherché des méthodes pour transmettre le français sans enseigner la grammaire. Beaucoup de gens pratiquent l’autocensure en n’écrivant pas certains mots. Montrer les variantes possibles de l’orthographe peut aider à avoir une plus grande liberté. Souvent on a tendance à oublier les accents c irconflexes. Avec la nouvelle orthographe, on fait donc moins de fautes" (beaucoup d’accents circonflexes disparaissent).Lieu d’hétérogénéité "L’orthographe n’est pas une et indivisible et n’est pas fixée. Les gens sont contre la nouvelle orthographe au nom de Maurice Grévisse alors qu’en 1948, il parlait déjà "d’une réforme progressive et raisonnable" et "d’une libération de certaines servitudes étymologiques qui empêchent si fâcheusement l’orthographe de se mieux conformer à la prononciation". La variation est inscrite dans la langue".

Dominique Dupriez considère l’orthographe comme "un lieu d’hétérogénéité avec une masse d’informations qui se croisent et peuvent générer de la confusion. Il y a une guerre autour de la nouvelle orthographe. Les gens ont peur, car ils ont peur de réapprendre. Il y a comme un attachement à ce qui était une souffrance. Ils ont tellement souffert à apprendre des dictées ! Ce livre peut leur faciliter le travail."

Priorité à la graphie rénovée

La nouvelle orthographe va vers plus de cohérence. "Elle remet de l’ordre, diminue la nécessité d’apprendre par cœur, car elle se conforme à la prononciation. La langue s’adapte à l’évolution". Notamment sur le plan des accents comme dans "référendum", "recéper", "recéler" qui prennent des accents aigus dans la nouvelle orthographe. Le mot "évènement" retrouve l’accent grave qu’il a perdu au cours du Moyen Age parce qu’un imprimeur en manquait.

Selon Dominique Dupriez, la nouvelle orthographe corrige les fautes de l’ancienne. Comme dans le mot "nénuphar" qui (re) devient "nénufar". "C’est un linguiste qui a fait une erreur en lui donnant une origine grecque en 1932."

Préfacé par Chantal Contant, linguiste et spécialiste en France des rectifications orthographiques, le livre "La nouvelle orthographe en pratique" tombe à point nommé alors que les professeurs de français de tous les niveaux "ont été invités à enseigner prioritairement les graphies rénovées" dans une circulaire ministérielle (en septembre 2008) de la Communauté Française.

Prix de vente : 16 euros.