Namur-Luxembourg

Les temps sont à la morosité, et c’est un euphémisme. Plus que jamais, il faut se donner le plaisir de rire. Le burlesque teinté de dérision compte parmi les meilleurs remèdes. Voilà qui tombe bien : le burlesque et la satire sont au rendez-vous du prochain spectacle du Théâtre royal des forges (TRF), de Habay-la-Vieille.

Un spectacle qui n’est pas seulement réjouissant, mais qui est aussi très visuel, comme une bande dessinée sur scène. Et qui marque, pour la troupe du TRF - récompensée par divers trophées et prix lors de ses tournées en Belgique et en France - l’abord d’un genre tout à fait nouveau dans son répertoire. Avec une metteuse en scène, la comédienne Sarah Antoine, originaire de Virton et qui, elle aussi, apporte une approche nouvelle. Et une sensibilité féminine.

La pièce, pour la première fois créée en Belgique, "Vatzlav", est un conte burlesque de Slawomir Mrozek, considéré comme le plus grand dramaturge polonais de la seconde moitié du XXe siècle, mais aussi nouvelliste, dessinateur et satiriste hors pair. Une citation du journal "Le Monde" suffit à dire la qualité de cet auteur : " s’il ricane, s’il raille, s’il fait rire, c’est toujours pour nous acculer à regarder en face, sans échappatoire possible, ces pantins ridicules qui s’agitent sur la terre, empêtrés dans le grotesque de leur condition; tout un monde dont ils sont autant les victimes que les complices, et qui ne tient que parce qu’il est absurde".

Né en 1930, Slawomir Mrozek a, comme tant de ses pairs en Pologne, connu l’exil en quittant son pays en 1968, pour y revenir en 1996, après avoir bourlingué en France, aux Etats-Unis, en Allemagne et au Mexique. C’est donc tout naturellement que sa pièce "Vatzlav" est une sorte de parodie d’un exil tel un voyage initiatique. "Mrozek parle de la vie, du monde tel qu’il est et le tourne en dérision par un théâtre de l’absurde", explique Sarah Antoine. "Avec, dans ce conte onirique aux images très fortes, une touche de BD puisqu’il a commencé comme dessinateur. Soixante tableaux défilent, à travers un personnage central, un prisonnier dont le bateau a fait naufrage et qui décide de changer de vie. Une vision paradoxale, où la bêtise et les vertus humaines sont tournées en dérision. Une vision, aussi, incroyablement drôle et contemporaine de l’être humain confronté au monde d’aujourd’hui. Chacun des nombreux personnages est porté par une vision personnelle du monde, chacun est différent, chacun a sa logique, ses intérêts, son sens de la justice et de l’injustice, de la liberté et du bonheur. Ni bons, ni mauvais, tous bons et mauvais, bien que caricaturaux, ils sont très humains, en participant de loin ou de près à un système en perpétuelle mutation." L’image et la vie de tout un chacun, en somme, dans notre société chahutée.

Les décors dépouillés sont portés par un très fort jeu d’ombres et de lumières. Tandis que la troupe a souhaité continuer son travail sur les masques entamé avec son spectacle "Le roi-cerf". Avec, ici, un résultat surprenant qui porte l’esprit de la pièce.

Le spectateur, lui, va de surprise en découverte, et devient complice.

Enfin, le côté très visuel du spectacle fait qu’il convient aussi pour les enfants - là encore, c’est nouveau pour le TRF - "qui y trouveront leur bonheur à tout moment".

Infos et réservation : tel. : 0478.65.80.44. (19h30-21h) - e-mail info@theatre-royal-des-forges/.be - web www.theatre-royal-des-forges.be.

Le spectacle sera présenté les 13, 14, 20 et 21 mars, à 20h15, au Foyer, à Habay-la-Vieille.