Namur-Luxembourg

N'importe quelle personne qui est du secteur vous le dira : être éditeur, en Belgique, relève de la gageure. Et pour cause puisque le mot "édition" est de facto synonyme de "Paris". Etre éditeur en Belgique et en province est ainsi a fortiori un défi. N'oublions pas que le livre au format de poche n'est autre que l'invention de l'éditeur verviétois Marabout, depuis dévoré par un géant français de l'édition.

Qui a donné à la révolution qu'était cette forme de livre le marché et l'assise nécessaires. Bien longtemps après, à Neufchâteau, cette fois, un éditeur - "Weyrich Editions" - a su, par une politique prudente, se donner une dimension telle que ses livres sont aujourd'hui présents aussi hors de nos frontières. Olivier Weyrich a lancé en 1999 un hebdo régional, "L'Info". "Nous avons senti qu'il y avait une suite à donner à ce journal régional, avec une sensibilité à porter des projets au delà d'un simple imprimé, en relevant le défi du livre", indique Olivier Weyrich. Ce qui a été fait en 2002.

Mais - là encore personne ne nous démentira - si être imprimeur (ce qui est le cas ici) donne bien sûr des compétences techniques et d'édition, être éditeur ne peut se suffire de ces compétences. Car l'édition n'est pas un seul métier, mais un ensemble de métiers. On parle d'ailleurs des métiers de l'édition. "J'en suis bien conscient et j'ai tenu compte de cet aspect en m'entourant progressivement du personnel spécialisé. Et nous réunissions dès le début les ingrédients pour être le porte-drapeau d'une région et de certaines idées. Avec le courage de nos opinions et celui de la contradiction, en étant engagés dans notre métier. Sans oublier que publier un ou deux livres par an est insuffisant. Il faut une vraie dynamique commerciale qui, pour nous, retienne au départ ce qui pouvait marcher dans notre province, aussi bien par le contenu que par la forme."

Il faut aussi avoir le nez suffisamment fin que pour sentir le marché, avoir une bonne intuition de ce qui va attirer le lecteur. Ce qui passe aussi par une bonne écoute des libraires. "Il aurait donc été présomptueux, par exemple, de lancer des collections. Il fallait d'abord voir ce qui accrochait. Rien de tel que l'expérience. C'est elle qui nous permet, aujourd'hui, de lancer des collections." Mais, là encore, avec prudence. L'éditeur chestrolais considère en effet qu'il doit s'adapter en permanence à un marché du livre qui est très variable, tandis que l'euro a perturbé le rapport à l'argent et que le pouvoir d'achat est ce qu'il est. "Cela a affaibli le marché du livre, où l'action d'achat a changé. Le beau livre, par exemple, est en recul, mais d'autres genres évoluent plutôt bien."

Il y a un an, dans sa lancée, Weyrich a franchi une nouvelle étape, la diffusion. Pourquoi ce choix ? "Les diffuseurs ne sont pas nécessairement dans la philosophie de l'éditeur. Et, en ce qui concerne une maison comme la nôtre, ils ne sentent pas le défi à relever." D'où la création d'un département "Weyrich Diffusion", bien séparé de l'édition. Et qui diffuse d'autres éditeurs. "Mais en restant cohérent vis-à-vis de notre différence : nous distribuons ceux qui, comme nous, font du terroir, des bouquins à valeur ajoutée. Nous n'avons pas la force des requins du marché de la diffusion, mais nous avons celle de la qualité."

Weyrich Diffusion sera donc présent à la prochaine Foire du livre, à Bruxelles. Cette réussite ne monte pas à la tête d'Olivier Weyrich. "Nous avons pris le temps de bien faire les choses. Et je n'existe que parce que j'ai autour de moi une équipe de gens compétitifs dans leur secteur. Mais, surtout, mon activité dans la communication à tous niveaux a permis d'éviter la fragilité dans l'édition. Cela a été un support essentiel pour, progressivement, obtenir la crédibilité et la réputation qui, maintenant, nous permettent d'attirer de grands auteurs bien positionnés dans notre ligne éditoriale, comme Jean-Claude Servais".

La réussite des éditions Weyrich s'exprime entre autres, cette fin d'année, par l'arrivée de "grands" noms, dans les collections "La belle province" et des "Livres gourmands". Deux livres cadeau qui ont été remarqués et salués par la critique. Le premier, "La Gaume de Servais", déjà devenu un succès en librairie, est écrit par cet amoureux de la Gaume qu'est Dominique Billion.

Avec une mise en page et des illustrations superbes. C'est une double découverte. Celle, d'abord, des paysages, de la nature et de la vie dans une Gaume tendre et douce, comparée à la rude Ardenne. Et celle de la Gaume plus mystérieuse, charmeuse et conteuse, à travers l'oeuvre du dessinateur Jean-Claude Servais. Deux découvertes qui sans cesse se recoupent et se prolongent l'une l'autre par des approches originales, un almanach, un itinéraire sur les pas de Servais, etc.

Quant au second, il n'oublie pas que les fêtes de fin d'année sont aussi celles des saveurs gourmandes. Vincent Morel-Jean, le chef du très réputé restaurant L'eau à la bouche, près d'Arlon, distille, dans un livre tout naturellement intitulé "L'eau à la bouche", plus d'une trentaine de ses recettes de cuisine contemporaine simple et savoureuse. Un véritable spectacle de saveurs. Mais parfaitement accessible à tout qui n'a pas le don d'un chef. Un livre qui se distingue aussi par des approches originales et des photos très esthétique.

Infos : site Internet www.weyrich-edition.be