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enseignement

Interdire Facebook aux profs ?

Patrick Van Campenhout

Mis en ligne le 21/11/2009

Ils devraient en tout cas mieux protéger leurs données privées, explique le médiateur scolaire wallon. Des problèmes surgissent dans les écoles.

Les jeunes profs qui viennent d’entamer leur carrière ont vécu il y a dix ans l’émergence des nouveaux modes de communication par Internet : MSN Messenger, les systèmes de "chat" (discussion en ligne sur écran), et découvrent avec délices les joies de Facebook et des autres réseaux sociaux. Ceci n’est pas sans créer certaines distorsions dangereuses, comme nous l’a confié le médiateur scolaire (service de médiation scolaire de Wallonie), Christophe Butstraen. En effet, pour ce spécialiste des problèmes vécus par les enfants utilisant les nouveaux médias, "ces outils font partie des modes de communication classiques pour ces jeunes professeurs, comme le téléphone ou le courrier pour leurs aînés". En quoi ces médias peuvent-ils avoir une influence sur le travail de ces enseignants ? "C’est relativement simple : un professeur s’inscrit sur Facebook ou sur un site du même type. Il accepte les demandes de certains élèves qui deviennent ses amis sur le site, je dis "amis" avec le nombre de guillemets qui s’imposent... De ce fait, les élèves ont accès à une série de données privées concernant ce professeur. Des données pas très bien protégées, les utilisateurs ne maîtrisant pas correctement les systèmes d’individualisation de ces plateformes. Qu’il s’agisse de sites de socialisation ou de blogs, les enseignants mal informés donnent ainsi libre accès à des photos privées, et en mettent eux-mêmes à disposition qui mettent en scène des moments de leur vie professionnelle."

On voit bien le risque de retrouver quelques photos de vacances sur le net, mais cela porte-t-il réellement à conséquence ? "Oui, parce que certains profs se permettent de partager des photos des "perles" recueillies au moment des examens. Avant l’avènement de ces sites, on évoquait ceci entre collègues, et le contenu de ces conversations restait cloisonné dans la salle des profs. Ici, il est aisé pour un parent de repérer la "perle", de situer le professeur, son lieu de travail, et le cas échéant de se rendre compte que le prof se gausse de son enfant." On voit mieux le problème de cette manière, mais une fois encore, le risque n’est-il pas relativement limité ? "Non, il y a des sources de problèmes multiples, et je suis appelé dans les écoles pour effectuer des interventions à ce propos. Par exemple, il y a le problème du "chat". Le cas est simple aussi : un jeune prof sympa, mignon, qui accepte une discussion sur Internet avec des jeunes élèves. Dans une conversation normale, l’expression des visages, le ton de la discussion permet de dialoguer clairement. Dans une session de "chat", des phrases anodines peuvent vite devenir extrêmement ambiguës : on trouve des doubles sens selon son niveau de langage. C’est à la suite de certaines de ces conversations troublantes que des directeurs d’écoles ont vu débouler chez eux des papas furieux qui viennent leur montrer un historique de dialogue De la même manière, un prof qui donne son adresse sur un réseau social peut se retrouver le lendemain avec un pavé dans sa fenêtre suite au mécontentement d’un élève."

Quelle attitude adopter pour ne pas mécontenter des élèves ou ne pas les vexer en refusant une demande amicale sur Facebook ? "Il faut en tout cas limiter les accès aux données privées en utilisant correctement les filtres mis en place sur les réseaux sociaux, ou en ouvrant différents comptes Facebook, l’un servant aux contacts personnels, l’autre aux contacts professionnels, pour partager, par exemple, les photos prises lors d’un voyage scolaire " Ou interdire l’accès à Facebook et consorts aux enseignants ? "L’an passé, une école a demandé cela à ses enseignants, mais la justice a estimé que cette demande n’était pas acceptable", assure encore Christophe Butstraen.

Il faut donc se former à l’utilisation de ces moyens de communication ou se conformer à des règles de conduites strictes. Ici encore, il y a eu des dérives ? "Oui, à l’exemple de ce prof qui critiquait vertement des décisions prises en conseil de classe, au mépris de ses collègues, entraînant des appréciations peu nuancées. Ce dernier s’étendait aussi sur des soirées de beuverie, et était au passage membre d’une série de groupes sur le thème de la bière bon marché, etc. Tout ceci est toléré, mais dans le cadre des relations personnelles."

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