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Médias | Droit

Un YouTube à la sauce belge ?

O. D. D.

Mis en ligne le 19/07/2010

Google veut lancer un “YouTube.be”. Mais la Sabam s’oppose à l’utilisation du répertoire de ses membres sans compensation financière.

Un YouTube à la sauce belge? Depuis plusieurs mois, il se murmure que Google aimerait lancer chez nous un "YouTube.be", comme il existe déjà des versions localisées pour la France ou l’Allemagne. Selon plusieurs sources, un conflit judiciaire qui oppose actuellement le moteur de recherche à la Sabam (Société belge des auteurs, compositeurs et éditeurs) paralyse toutefois le lancement de cette déclinaison nationale.

Le début de l’affaire remonte à l’an dernier, lorsque la Sabam demande à Google de retirer une cinquantaine d’œuvres d’artistes belges disponibles sur YouTube. "Comme nos demandes sont restées lettre morte, nous n’avons eu d’autre option que de lancer, en mai 2009, une action en cessation auprès de la justice belge", affirme Thierry Dachelet, porte-parole de la Sabam. "L’action vise à contraindre YouTube à mettre fin à une utilisation massive et non autorisée du répertoire de la Sabam. Nous reconnaissons les mérites de cette plate-forme, nous ne souhaitons pas sa disparition mais nous estimons que nos membres ont droit à une part du bénéfice réalisé grâce à leurs œuvres". Un jugement est attendu dans le courant du mois de septembre. Chez Google Belgique, la discrétion est de rigueur dans ce dossier. "Nous avons développé des solutions innovantes, utilisées par plus de 1 000 détenteurs de droits au niveau mondial, pour aider ces derniers à identifier et protéger leur contenu sur YouTube", déclare sa porte-parole. "Nous continuons de croire que la collaboration [ ] est une voie plus productive pour aider les ayants-droit. Même si nous ne pouvons prédire la décision du tribunal dans cette affaire, nous espérons qu’il partage notre point de vue et que nous pourrons travailler de façon constructive avec la Sabam à l’avenir". En filigrane : plutôt que le contrôle préalable de la légalité des vidéos publiées sur YouTube, Google privilégie le droit d’opposition a posteriori si des détenteurs de droits jugent un contenu litigieux. Dans ses séminaires, l’entreprise de Moutain View insiste par ailleurs sur les solutions publicitaires que YouTube propose aux créateurs et producteurs pour monétiser leur contenu et générer des revenus en ligne. C’est précisément cette double démarche qui attise les critiques de certains juristes, lesquels accusent Google de créer de nouveaux services, puis de régler les éventuels problèmes légaux seulement après coup, comme s’il s’agissait de simples "dommages collatéraux". "En tant que société basée dans la Silicon Valley, nous avons une plus grande tolérance au risque que d’autres acteurs", nuance Yoram Elkaïm, directeur juridique chez Google pour une partie de l’Europe. "Mais notre volonté n’a jamais été de provoquer ou d’énerver délibèrement qui que ce soit".

Pour Google Belgique, le déploiement d’un YouTube.be n’est pas uniquement une affaire de relations publiques. Chaque jour, YouTube enregistre quelque deux milliards de requêtes à l’échelle mondiale, ce qui en fait le deuxième moteur de recherche le plus utilisé dans le monde derrière la page d’accueil de Google.com. Chez nous, aucune statistique officielle n’est disponible, YouTube n’étant pas audité par Metriweb, principal outil de mesure d’audience des sites Internet pour le marché publicitaire. En revanche, une récente estimation du cabinet ComScore indique que plus de quatre millions de visiteurs belges transiteraient chaque mois par YouTube.com, ce qui positionne ce site comme un acteur de premier plan en Belgique à côté de Facebook (3,5 millions d’utilisateurs) ou de Hotmail (4 millions de comptes actifs). "Google Belgique n’a pas besoin d’un YouTube.be pour gagner de l’argent", explique le patron d’une agence de marketing interactif. "En revanche, son expansion ne pourra durer éternellement dans des secteurs économiques comme le voyage ou la finance qui sont presque arrivés à saturation en termes d’achat de liens publicitaires. L’arrivée de YouTube.be permettrait de mieux monétiser l’audience belge auprès des annonceurs, ce qui pourrait donc constituer un relai de croissance bienvenu".

Le prochain verdict de la justice est d’autant plus attendu que d’autres opérateurs belges commencent eux aussi à examiner plus attentivement le contenu qui circule sur YouTube. La RTBF a ainsi récemment "fait retirer des vidéos de YouTube, pour des questions de droit ou/et parce qu’elles y avaient été postées sans son accord", selon son porte-parole Bruno Deblander. Dans ce contexte, nul doute que la décision que le tribunal devra rendre à la rentrée suscitera l’intérêt de nombreux observateurs. Et pas uniquement en Belgique

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