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Judiciaire | Piratage de films
Des pirates du Net démasqués
Jacques Laruelle
Mis en ligne le 09/09/2010
C’est un vaste coup de filet qui a été mené, mardi, dans les groupes actifs dans le piratage et la mise à disposition de films et séries sur Internet où, une fois mis en ligne, ces contenus audiovisuels peuvent être téléchargés de quelques clics de souris - gratuitement, mais illégalement - avant d’être visionnés plus tard. Ce type de fraude se traduit par des pertes financières gigantesques pour l’industrie du divertissement. Dix personnes ont été arrêtées en Europe, dont cinq en Belgique, qui était au centre de cette opération menée dans 13 pays. Les Belges étaient à la tête de ce réseau de piratage.
L’enquête a débuté, il y a deux ans, sur base de données rassemblées dans un autre dossier, indique Jean-Marc Meilleur, porte-parole du parquet de Bruxelles. Elle a permis d’identifier les quatre groupes les plus importants responsables de la mise à disposition de 80 % de la production illégale en langue néerlandaise ou de production en langue étrangère sous-titrée en néerlandais. Il s’agissait bien souvent de films récents qui n’étaient pas encore sortis en Europe.
Ces quatre "Release Groups", interconnectés entre eux, s’étaient mis en place petit à petit. De tels réseaux ont pour unique but de mettre en ligne aussi rapidement que possible des contenus de divertissements. Ils regroupent souvent des passionnés, qui ne sont pas toujours mus par l’appât du gain. Ils s’arrangent pour se procurer ces films et séries. Différentes méthodes sont utilisées : cela peut aller d’une complicité chez les producteurs, à un arrangement avec un projectionniste de cinéma, un enregistrement sur une chaine de télévision ou encore un piratage des sites légaux des studios, des distributeurs ou des firmes de disques. Les contenus sont ensuite référencés sur des sites de recherche.
L’enquête, qui s’annonce longue, devra encore déterminer comment ces groupes obtenaient ces films, explique Olivier Bogaert, le policier en charge des nouvelles technologies à la police judiciaire fédérale de Bruxelles.
Ces films et séries pirates sont logés sur des serveurs informatiques. Les enquêteurs en ont identifié 49 dans les 13 pays visés par les perquisitions. Certains étaient exclusivement dédiés à l’hébergement de contenus. Un de ceux-ci se trouvait chez un fournisseur informatique dans la région de Gand. Il a été fermé. Le plus important était en Pologne.
Ces groupes de pirates se servaient également de serveurs d’entreprises et d’institutions qui étaient détournés. Il s’agit notamment d’universités et d’hôpitaux. Ce piratage de serveurs, qui ne peut généralement être détecté que par des audits informatiques, peut poser des problèmes aux systèmes informatiques, les rendant moins performants. Aucun hôpital n’était concerné en Belgique, assure M. Bogaert.
Les cinq personnes arrêtées en Belgique étaient originaires de Flandre orientale et occidentale. Agés d’une trentaine d’années, certains travaillaient dans le secteur informatique. "Ils reconnaissent une partie des faits, mais les minimisent, contestant toute responsabilité dans l’organisation", dit M. Meilleur. Les enquêteurs estiment cependant qu’ils sont les véritables gestionnaires et organisateurs des mises à disposition des films piratés. "Nous sommes persuadés d’avoir touché le sommet de la pyramide", souligne M. Bogaert. Il relève que ce type de pirates ne volerait pas une voiture mais n’hésite pas à mettre en ligne des contenus immatériels comme des films ou de la musique, estimant que les compagnies gagnent déjà assez d’argent.
Il est encore prématuré de dire si ces pirates informatiques se sont enrichis avec leur piratage. Mais on sait qu’une location d’espace sur un serveur est onéreuse. A un moment donné, peut dès lors surgir la nécessité de gagner de l’argent, éventuellement pour faire sortir les films des studios.
Inculpés par le juge Wim De Troy pour participation à une organisation criminelle, piraterie, fraude informatique et hacking, ils s’exposent à des peines allant jusqu’à cinq ans de prison et surtout à payer de très lourds dommages et intérêts sur le plan civil aux producteurs et distributeurs de films. Selon le parquet de Bruxelles, l’activité de ces quatre groupes démantelés en terme de piratage de films représenterait une perte estimée à 30 millions d’euros en Belgique et jusqu’à 6 milliards d’euros au niveau mondial.
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