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Haute couture : les variations du Beau

Aurore Vaucelle

Mis en ligne le 29/01/2010

La haute couture a clos son show hier jeudi à Paris. Un événement qui demeure fondamental, dans l’affirmation de l’image des marques en présence.

On sait comme il est difficile d’entrer dans le cénacle (très fermé) de la haute couture. On se rappelle à cet effet l’entretien que nous avions eu avec la toute jeune créatrice belge Cathy Pill - qui avait séduit par son talent, ce qui lui avait permis de faire partie de ce calendrier, comme une récompense pour s’être démarquée. On sait aussi comme cet événement, très français et même parisien que dis-je, est très attendu par les milieux de la mode, qui y voient une sorte d’apothéose de la démonstration de leur travail créatif. Une manière également de raviver la flamme de l’imaginaire.

Car si la mode fait rêver, c’est avant tout par le biais de la haute couture. Sans doute, la richesse du vêtement, la rareté également de la pièce, l’écrin même dans lequel il est présenté donne toute sa valeur à la "couture".

Et l’on se dit que la haute couture a fait du chemin depuis ses débuts. On est loin du modèle économique qui fonda la "couture" - art du vêtement dans toute sa splendeur -, quand le gotha se retrouvait aux défilés très privilégiés des illustres maisons parisiennes. Dior et Chanel ont choisi depuis deux saisons, certes, de revenir à cette présentation traditionnelle et les toilettes qui défilent sont l’apanage de quelques-uns - Stéphane Rolland, par exemple, rappelle que ses robes se vendent en moyenne autour de 35 000 €, à près d’une centaine de clientes dans le monde. Cependant le rôle de la haute couture a changé, la dimension marketing est devenue primordiale. Le même couturier, Stéphane Rolland, s’il a d’abord voulu monter une maison de couture rentable, a compris que le business de la mode passait par l’accesssoire abordable. Du parfum au sac à main. Il avoue déjà penser à une fragance commercialisable, tandis que sa ligne de maroquinerie a rejoint les autres griffes "haute couture" au rayon des accessoires que la grande majorité peut envisager de s’offrir, avec plus de facilité.

La haute couture garde cette aura de monde à part. Et pour entrer, il faut montrer patte blanche. Le travail, d’abord, doit être réalisé à la main, dans les ateliers de la maison. Puis des critères comme le nombre d’employés, de modèles, la surface d’étoffe utilisée (!) entrent en jeu et trient rapidement les potentiels créateurs sur le volet. Difficile de toute évidence de rivaliser avec les grands noms des maisons. Conclusion que l’on pouvait faire au sortir du show Christian Dior, orchestré, avec faste, par John Galliano. Toute la boutique de la rue Montaigne avait pour l’occasion été mise sens dessus dessous - bureaux vidés, armoires et personnel déplacés - afin que tous les étages de l’hôtel particulier soient dévolus au grand spectacle que le créateur anglais avait imaginé. Il fallut même tester l’habileté des mannequins à descendre les escaliers sans craindre de choir, une fois parées de leur robe à traîne. Fleurs et senteurs artificielles complétaient le décorum d’un défilé qui fit couler beaucoup d’encre. Une publicité médiatique à la hauteur de la dépense. "Les amazones" de Dior en robes ultra-cintrées, lavallières et vestons hauts boutonnés, petits calots montés sur chignons se faufilaient entre les chaises des défilés, parfois munies d’une cravache (au cas où la dame se fâche). Une garde-robe que n’aurait pas renié la sublime Scarlett O’Hara, telle que l’on se l’imagine, tout à la fois sévère et ultra féminine.

La haute couture semble naviguer sans fin et avec élégance d’ailleurs, entre son versant créatif et l’économie de marché. Loi de notre époque oblige.

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