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T-shirt

Le T-shirt est un bavard, le polo, son avatar ?

Aurore Vaucelle

Mis en ligne le 31/01/2010

Revenons sur une habitude vestimentaire qui n’en est pas moins remplie de significations. D’où viens-tu donc cher T-shirt, que nous dis-tu, et quelle est la recette de ton succès ? Repassage express.

IL EST DES OBJETS DE NOTRE QUOTIDIEN que nous n’interrogeons plus, tant ils sont devenus une évidence, un réflexe, ou d’une grande banalité. Le contenu de notre vestiaire n’échappe pas à la règle, et pourtant, sa signification (origines et histoire mêlées) nous colle, c’est le cas de le dire, à la peau.

Si l’on s’arrête une seconde sur le T-shirt, on se rend compte que tout un pan de la population l’ignore sciemment, quand l’autre moitié en a fait son habit du quotidien. Pour mon papy, le T-shirt s’appelle “maillot de corps” ou “marcel” – comme lui ! –, mais il ne serait pas question de se montrer ainsi. Il reste attaché au vestiaire du dessous. A la place qu’on lui a consignée à ses débuts, dans la catégorie “linge de corps”. Le premier ancêtre du T-shirt voit le jour dans le milieu de XIXe siècle, et ce n’est pas sans rapport avec la pensée hygiéniste qui fait fureur à l’époque. Corps cylindrique (et, donc, confortable) en mailles et à encolure plate, il est, dès 1899, le maillot de corps réglementaire de la Navy. Autant dire, une bonne publicité pour ledit T-shirt, des mieux remplis par les beaux marins aux tablettes de chocolat. Surfant sur sa vague de célébrité, le T-shirt est bientôt repris par les clubs sportifs et les grandes universités. Porté au sein d’un groupe, il participe, dès lors, à une identité. Mieux que cela, au vu de sa fabrication peu coûteuse et du support, de la lisibilité qu’il représente même, il se fait support de pub. Le cinéma en premier en use pour promouvoir le film du “Magicien d’Oz” en 1939 (1).

Le succès du T-shirt ne se démentit pas au sortir de la Seconde Guerre mondiale, il fait en quelque sorte partie de la panoplie du soldat courageux. Les jeunes générations se l’approprient. Un mouvement global suscite toujours l’hérétisme.

Dans les années septante, le polo vient tout à coup lui faire concurrence. Qu’est donc celui-là avec son col bien propre sur lui et son encolure 3 boutons ? Un ersatz de chemise, mais en mailles, la tenue des “cols blancs”, le dimanche, qui craindraient, peut-être, en sortant sans col, de ne pas être pris pour ceux qu’ils sont. Rien à faire, le polo, pourtant si proche de son cousin le T-shirt, se dandine à ses côtés, associé, dès l’origine, à des activités plus nobles (son nom vient du sport anglais, le... polo !). Et René Lacoste se l’approprie pour en faire son vêtement fétiche au tennis, lui adjoignant le fameux croco aux belles dents.

C’est peut-être ce qui fait que le polo s’attire les foudres ou le désamour de quelques-uns (cf. notre témoignage ci-dessous), car, en général, qui n’est pas T-shirt est polo, et inversement, c’est un peu comme si l’on avait choisi son camp. (1) In “Le dictionnaire international de la mode”.

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