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Dédales

Mis en ligne le 10/06/2008

D’art et de rigueur (Isabelle Baines)

D’abord, il y eut un père architecte et collectionneur d’art. Du constructivisme (« il a un peu connu Le Corbusier ») mais aussi Peter Greenaway, John Cage…, sans oublier des dessins japonais, des « croquis réalisés en cours de travail. Mon père a commencé à en acheter quand il était encore étudiant, à l’Académie d’Anvers. » Aujourd’hui, ce regard japonais sur le monde et la mode continue de fasciner Isabelle Baines, qui assortit d’ailleurs dans sa boutique sa maille et sa rigueur sculpturale à la seconde ligne claire de la Japonaise Rei Kawakubo, Comme Comme de Comme des Garçons. Une année à La Cambre en tapisserie « mais la partie intellectuelle me manquait », puis elle bifurque vers le costume de théâtre à l’Académie d’Anvers. « A cette période, je m’inspirais énormément du Japon : les tenues anciennes et les esquisses, que je copiais pour apprendre à dessiner. Quand les artistes japonais rataient un visage, ils ne recommençaient pas mais collaient un autre visage dessus. Cela aboutissait à des résultats incroyables. »

Pour illustrer la page théâtrale de son parcours atypique, Isabelle Baines nous tend des bribes de patchworks qui lui servent encore de trame créative et quelques photographies : Martin Margiela en personnage du Marchand de Venise lors d’un défilé de l’Académie à l’époque où il y étudiait, puis des spectacles avec un Charles Berling fraichement diplômé de l’Insas. « Ce boulot impliquait une disponibilité totale. Je dépendais du metteur en scène, des acteurs... Or je suis une solitaire. Et la personne avec laquelle je travaillais, Moshe Leiser, est partie à l’opéra de Lyon… »

De manière impulsive, Isabelle Baines a acheté sa première machine à tricoter. « Dès le lendemain, je trouvais un job chez Ann Saelens spécialisée en robes de mariée en crochet et en tricot en ces années hippie. Je me suis lancée en autodidacte, attirée par le côté construit de la maille.» Des expos et des pulls pour homme, puis elle a ouvert son enseigne en 1986, au fond de laquelle elle tricotait. L’atelier a désormais déménagé et le lieu de rencontre avec les clientes – où le sur-mesure est de plus en plus développé – s’ouvre à d’autres expressions le temps d’expositions transversales. L’actuel dialogue interdisciplinaire – Qui a fait ça ? – anime un couple de Japonais entre peinture, illustration graphique et design textile. Lui, Daisaku Nagai, propose des triptyques façon pop art made in Japan. Elle y accroche des pièces en maille réalisées lors de son stage à l’atelier de la maison. Pour le mois d’octobre et le Parcours de Stylistes, Isabelle va réinventer un langage complice avec sa nièce, Roxane Baines, en fin de cinquième année de stylisme à La Cambre. Daisaku Art Lab : http://web.mac.com/daisaku_art_lab

Matière à s’exprimer (Françoise Pendville)

« La douceur de l’édredon en satin de coton, le velours rêche des fauteuils… Je pourrais faire un film de ces sensations d’enfance. La matière est mon moteur : une vibration, la couleur rendue, le tomber, le toucher. » Dans l’atelier avec vue sur cour intérieure où elle reçoit ses clientes, au centre de Bruxelles, Françoise Pendville expose sa collection dans un univers qui lui ressemble : matériaux bruts féminisés par du tissu, chaleur du parquet en bois et brèche nostalgique où s’engouffre le thème de la saison, les grands voyages transatlantiques du début du siècle.

D’abord institutrice, Françoise Pendville a pris des cours privés de patronage, puis a poussé la porte de l’atelier qu’animait Francine Pairon (« aux Chantiers du Temps Libre, aujourd’hui devenus Wolu-Culture ») avant de lancer la section de stylisme à La Cambre. « Elle nous a mis en contact avec un fabricant d’imperméables qui organisait un concours. J’ai remporté un prix à Paris. Entre l’anorak de sport d’hiver, et le Burberry, il n’existait guère de propositions attractives. J’aimais le côté intemporel de l’imper et l’aspect cassant, le mouvement différent de ses matières techniques. J’aimais aussi partir de la situation, comme en design : permettre à une femme qui fait du vélo de rester féminine par exemple. »

Françoise Pendville a élargi sa palette en 2000, en lançant une ligne complète et en enseignant au centre de formation des classes moyennes à Liège (Château Massart). « Comme je n’ai pas fait d’école, j’ai démarré vierge de toute influence. Le revers de la médaille, c’est que je n’ai pas été boostée. Il m’a peut-être fallu plus de temps pour trouver mon identité, développer mon propre chemin. Je manquais de confiance en moi.» Un chemin qui la mène chaque saison dans le nord de la France, pour une retraite créative. « Je prends mes tissus, mes livres… et je pars en train une semaine chez des amis, où je m’enferme dans ma chambre pour concevoir la collection. Cela marche toujours et cela me rend la même énergie. Comme une relation amoureuse. Heureusement parce que c’est très dur. Sans passion et inconscience, on ne fait pas ce métier, c’est sûr. »

Savoir Plus

Françoise Pendville : 41, rue Locquenghien – 1000 Bruxelles. Le samedi de 10 h 30 à 18 h 30. Infos et infos autres points de vente en Belgique : 02 217 55 17.

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