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Livre

Valentino rime avec très beau

Aurore Vaucelle

Mis en ligne le 09/02/2010

Dans la mouvance de la haute couture parisienne, un ouvrage-hommage au couturier italien Valentino. Quand la tendance est mineure, face à l’élégance.

On avait trop tardé à vous parler de ce très beau livre sorti il y a quelques mois chez Taschen. Un ouvrage témoignage, qui revient sur le parcours lisse et cousu de réussite du "dernier empereur de la mode", tel que l’avait appelé Matt Tyrnauer, collaborateur chez "Vanity Fair" - célèbre magazine sur le luxe & Co - et réalisateur d’un "biodocumentaire" élogieux, présenté à la 65e Mostra de Venise.

L’homme de mode, s’il a déposé aiguille et dé à coudre depuis quelques saisons désormais, ne laisse pas moins - son prénom surtout - son empreinte sur podiums et papier glacé. Valentino Garavani a su créer un empire, à la fois maison de couture de renom, griffe de luxe, et image de marque pour produits dérivés, de la parfumerie à la maroquinerie. Acheté en 2002 par Marzotto, groupe de renommée mondiale dans le secteur textile-habillement, Valentino demeure une valeur sûre en matière financière. Et l’on comprend quel enjeu recouvre la nomination d’un directeur artistique de talent, qui saura sauvegarder l’"ADN maison", comme on dit dans le milieu. On se souvient comme Alessandra Facchinetti, qui avait succédé au créateur en 2008, s’est fait remercier rapidement pour être remplacée par non seulement un mais deux créateurs, Chiuri et Piccioli. Car il ne faudrait pas émousser le succès d’une maison qui a su se maintenir au sommet, pendant cinquante ans.

L’ouvrage met en lumière la manière dont l’homme a surfé sur la vague. On découvre que, paradoxalement, bien qu’évoluant dans ce monde changeant qu’est la mode, Valentino n’a pas cédé aux chimères artistiques des époques qu’il a traversées, maintenant un style, désincarné, presque, de la sacro-sainte tendance. Souvent qualifié de couturier "classique", se disant lui-même conservateur, il a créé sa propre petite musique. Dans les mots de Suzy Menkes, journaliste à l’"International Herald Tribune", la comparaison avec Yves Saint Laurent est évidente. Ils ont tous deux assisté à la naissance de la haute couture dans les salons parisiens des années 50. Valentino G. commence son œuvre dans les ateliers de Jean Dessès puis chez Guy Laroche. YSL tout comme lui, bien accompagnés - Giammetti est l’équivalent d’un Bergé pour Valentino -, cherchent à magnifier l’image de la femme. Mais "loin d’être un créateur torturé désirant le calme dans le désert", Valentino ne se contente de créer du glamour et des paillettes: il évolue dans ce décor de vedettes. En tant que mentor ou ami.

Les pages du livre s’ouvrent aussi sur une kyrielle de femmes sublimées par l’habit, souvent nimbées du rouge si cher à Valentino, que lui avaient inspiré à ses débuts les costumes de l’Opéra de Paris. Rouge certes mais noir et blanc aussi, comme les stars de cinéma que le couturier se plait à vêtir, d’Audrey Hepburn à Liz Taylor ou Sofia Loren. Bien en vue dans le vestiaire de Jackie O., de Paola, de Claudia, Naomi, ou de Gwyneth Paltrow, Valentino, le Romain, ne cesse, dans l’imaginaire commun, d’habiller les belles en Technicolor, comme au sortir des studios de Cinecittà. De cette époque des sixties où émergea son succès, il rejoua la scène d’apothéose, comme au cinéma, en imaginant un style "Dolce Vita".

"Valentino, une grande histoire italienne", 575 p. bien illustrées, Taschen, 50 €.

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