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Les rêves de sauvegarde de la beauté du monde
Claude Lorent
Mis en ligne le 06/01/2010
L’art de ce XXIe siècle est caractérisé par une implication des plasticiens, à travers leurs œuvres dans les réalités vécues, les grands et petits problèmes du monde, les questions politiques, sociales, humaines. Dès lors, les interrogations relatives à l’avenir de la planète, à l’environnement, à la pollution, émaillent régulièrement les propos imagés et, pour la première fois, une exposition rassemble une série d’œuvres assez impressionnantes, récentes pour la plupart, traitant de ces sujets issus d’une prise de conscience de la nécessité de préserver la terre et d’inventer de nouveaux comportements responsables.
On a souvent prêté aux artistes contemporains le don d’être des visionnaires sans pour autant qu’ils soient des spécialistes des problèmes qu’ils traitent en dehors de ceux liés à l’art lui-même. Leur esprit analytique, critique, et la liberté avec laquelle ils peuvent aborder tous sujets sous le couvert de se situer dans la fiction, leur offre le loisir de penser autrement, de pousser des cris d’alarme, d’en appeler aux émotions fortes, de toucher par le sensible et d’atteindre à la réflexion. Les écouter ne nous renseigne certes pas scientifiquement sur cet état du monde alarmant, mais nous y sensibilise et leurs intuitions, leurs visions, leurs approches poétiques ou réalistes, symbolistes ou conceptuelles, disent simplement que toutes les voies peuvent concorder pour appeler à la sauvegarde de la santé de la Terre.
Comment faire prendre la mesure des changements préjudiciables que le réchauffement climatique annonce ? En faisant d’abord appel à la notion de beauté, l’un des apanages revendiqué par les œuvres d’art. De façon très poétique, "c’est une vision romantique de la nature" , déclare l’Anglaise Tracey Emin, qui peint des fleurs et des oiseaux, symboles de la beauté et de la fragilité des espèces. Pour sa part, Claire Twomey propose en une installation proliférante et pleine d’émotion des fleurs en délicate et blanche porcelaine, tandis qu’Ariane Colburn évoque l’Amazone péruvienne tout en soulevant les problèmes cruciaux d’exploitation du sous-sol.
Ensuite, en montrant de quoi pourraient nous priver les transformations à venir et en cours de la planète. On pourra opter pour la version de style film catastrophe hollywoodien de l’Australienne Tracey Moffatt, mais plus subtilement, la confrontation de deux photographies sera plus parlante que tous les discours. D’une part dans un halo bleuté, l’artiste finlandais Antti Laitinen idéalise, jusqu’à le considérer tel un paradis, le paysage hivernal glacé et magnifique de la mer Baltique dans laquelle il implante des îles artificielles; de l’autre le photographe Edward Burtynsky, en des clichés d’une esthétique remarquable et admirable, impose le contraste en prenant pour sujet un site industriel de l’Alberta qui défigure totalement le paysage naturel. Ce faisant, il ne souligne pas seulement les réalités des interventions humaines dans l’environnement, il intervient également dans l’appréciation que l’on peut avoir d’une très belle image sans penser le moindre instant à ce qu’elle peut signifier concrètement dans le contexte de la protection de la planète ! Une beauté peut-elle facilement rendre aveugle sur la part de l’ombre et glorifier peut-être ce qui ne le mérite pas vraiment ? En cette voie, les photos faussement bucoliques de la jeune Chinoise Yao Lu pointent très efficacement une sorte de faux-semblant trompeur.
Une section de cette exposition, symboliquement placée au centre du show, examine d’ailleurs fort à propos le rôle de l’artiste dans le cycle de l’évolution humaine et culturelle. En étant un miroir des réalités et en attirant l’attention sur les conséquences de certains comportements humains, les plasticiens peuvent soit toucher par les sentiments, à la manière de Sophie Calle qui va poser un diamant dans les glaces de l’Arctique en mémoire de sa mère, soit conscientiser par l’image tel Gary Hume qui incruste graphiquement de plomb, métal toxique, une dalle de marbre blanc, de référence sculpturale, mais aussi funéraire, pour dessiner les fumées des cheminées industrielles.
Cette exposition qui montre que les artistes de réputation internationales s’impliquent naturellement en ces préoccupations planétaires conséquentes au réchauffement climatique se clôt sur des notes d’espoir. A cet égard, les photographies de la Endless Series de Tomas Saraceno, prises en Bolivie à Salar de Uyuni, peuvent faire rêver puisque l’artiste imagine un monde habitable flottant dans le ciel splendidement bleu où chacun serait libre de vivre à sa guise, sans doute en une forme d’apesanteur. N’a-t-on pas dit que les artistes pouvaient être visionnaires ?
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