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Le Pentagone s’attaque au climat

Stéphanie Fontenoy

Mis en ligne le 06/02/2010

Le réchauffement climatique est une menace potentielle à la paix et la sécurité des Américains. L’armée américaine a le devoir d’y faire face.
Correspondante aux Etats-Unis

Cataclysme écologique au Pentagone : pour la première fois de son histoire, le commandement militaire américain inscrit les changements climatiques au nombre des menaces à la paix et à la sécurité nationale.

Dans le dernier examen quadriennal de la défense (QDR), le réchauffement de la planète figure ainsi au même rang que le terrorisme ou les tensions autour des biens communs planétaires comme l’eau.

Ce document officiel qui accompagne le budget du Pentagone revoit tous les quatre ans les priorités et les défis militaires majeurs de la nation. Un passage souligne clairement le risque environnemental : "Le Département est en train de concevoir des politiques et des plans pour gérer les effets du changement climatique sur son environnement opérationnel, ses missions et ses installations."

Parmi les conclusions du rapport : le changement climatique agira comme "un carburant à l’instabilité et au conflit". Ce changement de philosophie, progressif, a été initié par le Congrès et se fonde sur des études de la CIA, l’agence de renseignement américaine. Laquelle s’est dotée en octobre dernier d’un nouveau Centre pour l’étude des changements climatiques, qui a été déterminant dans les conclusions du QDR.

Le Congrès a également requis que les auteurs du rapport quadriennal de la Défense prennent en compte les travaux scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), un organe international créé par les Nations unies.

Une vraie révolution par rapport aux années Bush, puisqu’en 2006, le QDR ne faisait aucune mention du réchauffement climatique. Tout au plus le rapport signalait-il le scénario d’une attaque terroriste visant les ressources en énergie des Etats-Unis.

Le revirement ne s’est pas fait du jour au lendemain, comme l’explique à "La Libre Belgique" Marc Levy, directeur adjoint à l’Institut de la Terre de la Columbia University, à New York : "Il était inévitable qu’à un moment donné le changement climatique pénètre dans la sphère de la sécurité nationale. Des recherches sont conduites dans ce sens depuis les années 70. Elles ont été considérablement développées quand Bill Clinton et Al Gore étaient à la Maison-Blanche, mais elles n’avaient pas porté leurs fruits."

L’intérêt pour la question a été ravivé après la victoire démocrate aux élections de mi-mandat en novembre 2006. "Entre 2006 et 2008, plusieurs groupes de travail non partisans, dont des généraux américains à la retraite, ont rendu leurs conclusions. Elles renforçaient toutes l’avis selon lequel le changement climatique était une menace à la sécurité nationale", poursuit Marc Levy.

Les équipes de la CIA et les responsables militaires s’adaptent à cette nouvelle réalité. Signe de cette évolution, le projet MEDEA, interrompu sous la présidence de George W. Bush, est à nouveau effectif. Il permet le partage de données entre la communauté scientifique et les services secrets.

Le Conseil national du renseignement (NIC) produit également une liste de pays susceptibles d’être déstabilisés par une grande famine ou des changements climatiques radicaux.

Au Pentagone, le dérèglement climatique fait désormais partie des scénarios catastrophes. Plus que jamais, les implications d’une élévation des températures sur les maladies infectieuses, la sécurité alimentaire et les ressources en eau, le risque de cataclysmes et les migrations forcées sont dans le radar de l’armée américaine.

Le haut commandement américain se penche aussi sur ses infrastructures. Plus de trente bases américaines sont menacées par la montée du niveau des mers. Les changements dans la chimie des océans, par exemple, ont des effets négatifs sur l’utilisation des sonars des sous-marins. Véhicules économiques, tests d’avions de combat alimentés au biofuel, énergie solaire, puits l’armée américaine se met petit à petit au vert.

Elle a prévu de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 34 % en 2020 par rapport au niveau de 2008, une ligne de conduite qui s’aligne sur celle du gouvernement fédéral.

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