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primates

A des années-lumière de la planète des singes

Bruno Fella

Mis en ligne le 01/03/2010

Ouf, nos cousins primates n’auront vraisemblablement pas le dessus. L’Homme s’emploie par trop bien à éteindre ses différentes espèces.

Les primates sont en danger. Tous ? non ! Un groupe d’irréductibles prospère : l’Homme, avec une population largement au-delà des six milliards. Mais revenons à nos primates entendus comme singes, lémuriens, etc. Leur vie n’est pas rose vu leur présence dans la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature et des ressources naturelles (IUCN) : près de la moitié (48 %) des 634 espèces et sous-espèces de primates y figurent. Tragique évolution, car, en 2007, l’IUCN ne considérait qu’un tiers de celles-ci comme en danger.

Selon Régine Vercauteren Drubbel, rattachée à la Faculté des Sciences de l’ULB (Anthropologie et génétique humaine) et présidente du “Belgian Group for Primatology”, “il y a urgence : les primates sont considérés en région subtropicales comme étant les animaux les plus menacés”.

On peut difficilement parler de fatalité. La main de l’Homme est on ne peut plus présente. Les principales causes du déclin de ces populations de primates sont en effet la chasse pour la nourriture, les remèdes traditionnels ou le commerce international; et plus encore la destruction, la fragmentation de l’habitat des primates. “Les populations se retrouvent souvent dans de toutes petites régions et quand les fragments sont trop petits, ils ne trouvent plus assez de nourriture ou encore ils souffrent d’un flux génétique qui ne se produit plus“, précise Régine Vercauteren Drubbel. “Une des solutions à cela consiste à créer des corridors qui relient les différents fragments pour garder une population saine et qui ne montre pas de déviations génétiques. Il y a, en effet, une évolution dans la stratégie de conservation. Avant, on les mettait dans les zoos pour qu’ils se reproduisent puis on les réimplantait. C’était trop artificiel. Aujourd’hui, on privilégie la sauvegarde de l’habitat, faire des réserves naturelles, car ces espèces ont également un rôle à jouer dans la forêt. Elles ingèrent les graines. Celles-ci passent par le tube digestif et sont ressemées. Ces primates entretiennent donc eux-mêmes la biodiversité.” Mais cela ne peut se faire sans le concours et le “bien-être” des populations locales. “Quand il y a précarisation de ces populations, la biodiversité de la zone diminue. On doit les intégrer à une solution durable. Comme on a fait avec les gorilles où, maintenant, le tourisme rapporte davantage que de tuer cet animal.”

Tout n’est donc pas perdu. Au Brésil, le tamarin-lion noir est ainsi passé du statut “en danger critique d’extinction” à celui “en danger d’extinction” sur la Liste rouge de l’UICN. Tout comme ce fut le cas par le passé pour le tamarin-lion doré en 2003 suite à trois décennies d’efforts de conservation. Dorénavant bien protégées, les populations de ces deux espèces restent malgré tout très petites. Leur survie à long terme dépend d’un reboisement qui leur fournirait un nouvel habitat.

On est donc loin de la planète des singes. Qu’on s’en “réjouisse”, bien qu’il ne faille vendre la peau des primates avant de les avoir tous tués, la fiction de Pierre Boulle ne verra certainement jamais le jour. On est sur la Terre des hommes.

© La Libre Belgique 2010

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