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Côte belge
Côte belge: pour éviter une catastrophe
Bruno Fella
Mis en ligne le 03/03/2010
Xynthia, un prénom qui fait maintenant froid dans le dos, et derrière lequel se cache une tempête meurtrière: 52 morts. Des vents violents et la concomitance d’une marée haute de fort coefficient auront fait monter la mer à plus de 1,50m du niveau prévu. Quatre départements français (Charente-Maritime, Deux-Sèvres, Vendée, Vienne) pansent leurs plaies et tentent encore d’évaluer les dégâts causés. Mais qu’en serait-il de la Belgique en cas de forte tempête?
Pensons un peu film catastrophe: des vagues de 5m, le niveau de la mer grimpe à 8m au-dessus de sa hauteur moyenne. Middelkerke, Ostende, Nieuport, Blankenberge, Zeebrugge submergés. La Flandre inondée sur une profondeur de 20km De 1 000 à 4 000 morts et des dégâts pour 2 à 3 milliards d’euros. Une vision apocalyptique envisagée par l’Afdeling Kust de l’administration flamande dans une étude. Selon Serge Scory, responsable du centre de données marines belge de l’unité de gestion du modèle mathématique de la mer du Nord (UGMM), ce serait "la pire des super tempêtes, avec une surélévation de 8m. Par exemple, celle du 1er février 1953 qui, au total, dans tout le bassin de la mer du Nord, a fait 1 800 morts aux Pays-Bas et une dizaine en Belgique, elle avait une amplitude de 6,66m avec des vents qui venaient quasi perpendiculairement à la Côte. Ces 8m ont une probabilité très faible: une fois tous les 17 000 ans si tout reste identique. Si, par contre, on tient compte d’un rehaussement du niveau de la mer dû au changement climatique, on se retrouve alors avec une probabilité de retour de mille ans." De quoi dormir sur ses deux oreilles? Pas tout à fait. "Il y a des risques qui ne sont pas prévisibles. On l’a vu à Madère ou aux Canaries. On ne sait pas si et quand le concours extrême de circonstances va se produire."
Nanti de ce scénario catastrophe, d’un plan d’évaluation des risques renouvelé tous les cinq ans, le gouvernement flamand qui a en charge ce dossier ne se tourne pas les pouces, mais l’on ne voit pourtant pas s’élever un mur infranchissable le long de nos côtes Serge Scory explique: "La première réaction, c’est faire des digues, mais la mer projette des tonnes d’eau avec une force incroyable. Aussi, une solution actuelle est de rehausser le niveau de la plage pour que la vague soit amortie par le sable mou avant de toucher la digue, comme ce qu’on a fait à la "plage de secours" à Ostende. Il y a également un plan de rehaussement des digues en prévision du changement climatique, mais ce qu’on fait aussi, et qui est moins aisé à la Côte car celle-ci est densément urbanisée, c’est ce qui se passe dans les environs d’Anvers, qui est également une zone à risque. Là, on rabote certaines digues pour qu’en cas de hausse du niveau du fleuve, des polders, des zones spécifiquement prévues pour ça soient inondées pour préserver les zones peuplées ou d’importance vitale." Une approche qui ne défigure pas la Côte de nos week-ends ensoleillés en la transformant en bastion fortifié. A moindres frais, c’est davantage contenir les effets d’une catastrophe que tout faire pour l’éviter à tous les "coûts".
Pour 2050, le gouvernement flamand entend bien se préparer à la tempête millénaire. Si deux tiers de la Côte seraient en ordre de bataille, un tiers ne serait pas encore assez protégé. Le plan flamand ne sera finalisé que dans le courant de l’année, mais, outre l’entretien constant des digues et des plages après l’hiver ou les tempêtes, des mesures ont déjà été prises en accord avec la stratégie globale envisagée: rehaussement de plages, élargissement de digues, etc. Le budget des travaux qui devraient durer jusquà 2015 tourne autour des 300 millions d’euros que la ministre flamande en charge des Travaux publics, Hilde Crevits, souhaite sous forme d’un partenariat public-privé.
Pour financer les infrastructures côtières, l’économiste Geert Noels a quant à lui émis l’idée d’un impôt minimum sur les visites de plage (1 €) ou une taxe sur les résidences secondaires à la Côte (de 10 à 20 €). "A l’étranger, des travaux pareils sont financés par des taxes sur les personnes qui utilisent les infrastructures. Par exemple, si je passe le pont de Normandie, je paye. En Belgique, tout est gratuit pour les étrangers. Il serait donc intéressant de faire payer la moitié de ces investissements par les utilisateurs." Un avis que ne partage pas la ministre flamande.
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