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Mexique
Nature et solidarité
Franca Rossi
Mis en ligne le 04/03/2010
Rencontrer Jean-François Bavay, agriculteur à Masnuy-Saint-Pierre (Jurbise - Hainaut) revient à ouvrir un long livre d’histoires qui allient passion et dévouement. Les chapitres se succèdent, sans lasser.
La genèse de l’ASBL "Terres Solidaires" se trouve dans un voyage d’étude que Jean-François Bavay a effectué en 1994, aux Etats-Unis et au Mexique. "Il y avait à l’époque des accords agraires entre les USA, le Canada et le Mexique, accords qui ont vraiment déstabilisé la production agricole et les prix dans ce dernier pays" explique-t-il. "Les Indiens se révoltaient, ils souffraient de la famine, des enfants, affamés, étaient couchés le long des routes, c’était un cauchemar de voir cette population dans un tel état. Ils ne se nourrissaient que de carottes de maïs et de haricots."
Choqué par ce spectacle, il décide d’agir. De retour en Belgique, l’agriculteur jurbisien crée, avec quelques amis, l’association "Terres Solidaires", destinée à venir en aide aux Indiens du Chiapas. Quatre mois plus tard, un de ses amis, Yves Fagniart, y retourne pour y apporter des paquets de semences (radis, navets, salade ). Outre cette démarche, une fête à la ferme de Masnuy-Saint-Pierre permettra de rassembler quelque 1 750 euros et d’acquérir des bêches, des houes, des arrosoirs et autres outils de culture. "Plutôt que de se focaliser sur une aide alimentaire d’urgence, nous avons opté pour l’apprentissage, la transmission d’un savoir-faire en matière de jardins potagers et de rotation des cultures", poursuit notre interlocuteur.
Au départ, il y a 15 ans donc, cinquante Indiens ont participé aux cours prodigués par leurs amis belges. Aujourd’hui, 20 000 personnes, devenues auto-suffisantes, se nourrissent de leur production ! L’encadrement se révèle on ne peut plus pointu, avec quatre agronomes qui supervisent les potagers et la culture des plantes médicinales. La production de café a également été prise en compte dans le programme d’entraide et de suivi. "Terres Solidaires" a ainsi acquis un bâtiment de stockage, qui comporte aussi deux dortoirs, des salles de cours pour adultes (femmes et hommes). "Quand nous avons commencé notre action là-bas, je me souviens que les "coyotes" américains achetaient le café pour un ancien franc belge le kilo ! Une misère".
A l’époque, les Indiens ne valorisaient que 10 % de leur récolte. Avec la pose de dalles de béton pour le séchage du café en bonne et due forme, cette proportion est montée à 90 %. Au fil des ans, l’association a détecté les manques en ce qui concerne les équipements et l’outillage. Ils ont par exemple acquis dix dépulpeuses, qui ont permis d’éviter le douloureux décorticage manuel.
De projet en projet, Indiens et Belges ont progressé et, un jour, Jean-François Bavay a suscité une rencontre entre ses protégés et des représentants de Max Havelaar. Cette entrevue est à l’origine de la création de l’Union Majomut, au Chiapas et de l’augmentation du prix d’achat du café. Il y a trois ans, l’invité était un torréfacteur belge, Michel Liégeois, qui a proposé pour sa part d’acquérir le café sans intermédiaire et de le torréfier chez nous. "Mano mano" (main dans la main) commence à être vendu dans des grandes surfaces et fait recette dans des marchés comme celui de Mons. Une partie des bénéfices revient à "Terres Solidaires", qui a pu acheter 3 000 arbres fruitiers, dont une des fonctions est d’ombrager les caféiers.
"Le café des Indiens présente un goût exquis. Il est 100 % naturel, bio !" se réjouit Jean-François Bavay. Ses amis du Chiapas ont en effet appris la méthode du compostage, qui leur procure en outre un engrais idéal et gratuit. L’ASBL a par ailleurs financé l’aménagement de réserves d’eau dans les villages, à travers les montagnes, ce qui évite à la population locale de parcourir une journée à pied pour aller chercher et ramener de l’eau. S’il fallait encore évoquer un projet, ce serait la collecte de paires de lunettes, qui ont déjà comblé une centaine de bénéficiaires.
Formidable ? Extraordinaire ? Aucun adjectif ne donne véritablement la mesure du travail accompli par Jean-François Bavay et ses amis du Chiapas. Ils cultivent, ensemble, au-delà de leurs différences, l’amour de la terre et de leur Terre.
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