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Elevage
Changer de cap
Gilles Toussaint
Mis en ligne le 05/03/2010
Marc Fichers pilote l’association Nature & Progrès, qui promeut l’agriculture biologique.
La FAO épingle la pression de l’élevage sur l’environnement. Partagez-vous ce constat ou estimez-vous qu’il existe des différences entre les pays du Sud et du Nord ?
Que ce soit au Sud ou au Nord, l’élevage doit être en relation directe avec son environnement immédiat. En Belgique, on doit redévelopper un élevage lié au sol et à la production d’herbage. On ne doit plus se baser sur la consommation de protéines importées qui contribuent à la déforestation des pays du Sud, qui orientent la production vers des cultures fourragères alors que l’on pourrait faire des cultures vivrières. Je ne suis pas un spécialiste du Sud, mais je pense que le même raisonnement s’y applique. Quand il y a une intensification du pâturage sans respect du lien avec le sol, cela débouche sur une désertification.
Le rapport suggère que le prix de la viande intègre les impacts de sa production. Cela vous paraît-il réaliste alors que la tendance est plutôt de tirer les prix à la baisse ?
Il est clair que l’on tire les prix de la viande vers le bas, car ils ne comprennent pas les impacts externes de sa production. Ceci dit, le consommateur finit quand même par payer la facture par des postes autres que l’alimentaire. Nous sommes tout à fait favorables à une évaluation de la consommation réelle des élevages en énergie pour en mesurer l’impact sur l’effet de serre, mais aussi de toutes les externalités environnementales. A ce moment-là, le soja du Brésil restera au Brésil. Mais cela demandera de modifier notre élevage ici aussi. On doit redévelopper des prairies riches en protéines capables de nourrir nos animaux, dans le respect de l’agriculture durable et bio.
Pensez-vous que les consommateurs sont prêts à manger un peu moins de viande et à la payer un peu plus cher par exemple ?
Le consommateur est déjà sur cette voie. Et des études montrent que, globalement, on ne la paiera pas plus cher, car on fera des économies d’un autre côté. On n’a de toute façon pas le choix : le climat nous dit que c’est obligatoire. Et on assiste à un appauvrissement catastrophique de nos sols, notamment en carbone. Nous devons changer les habitudes d’alimentation mais aussi les habitudes de production. Cela ne demande pas forcément une révolution, cela peut prendre quelques années, mais ce sont des caps qui doivent être pris aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle nous interpellons le pouvoir politique. Si l’on demande cela à un agriculteur du jour au lendemain, il va lever les bras au ciel et il aura raison, car il a fait des investissements basés sur l’ancien système.
La FAO souligne que le déclin des petites exploitations est inévitable. On observe ce phénomène en Belgique depuis de nombreuses années. Que faudrait-il mettre en œuvre pour inverser la vapeur ?
Il faut augmenter l’encadrement public ou semi-public des agriculteurs. Ils s’orienteront vers un choix plus durable si on adopte une ligne politique qui se traduit par un encadrement technique pour orienter les fermes vers un mode de culture durable plutôt que par des supports financiers. Depuis trente ans, le monde agricole est encadré par les firmes privées qui vendent les engrais, les produits phytosanitaires, etc. Lors d’un récent colloque, un agriculteur, qui vient de passer en bio, a livré son témoignage : il possède 42 ha et il est 100 % autonome au niveau de l’alimentation de son bétail. Il a assez pour vivre. Les agriculteurs qui dépendent des grandes firmes privées ne s’en sortent pas si leur exploitation fait moins d’une centaine d’hectares. On doit aller vers l’autonomie des fermes.
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