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Le lac Vostok
Le lac sous la calotte
Bruno Fella
Mis en ligne le 09/03/2010
Difficile de trouver un endroit plus reculé de la civilisation que la base Vostok. Le 16 décembre 1957, la deuxième expédition soviétique en Antarctique plante son drapeau sur une zone plane à 3 844m au-dessus du niveau de la mer et surtout 1260 km de la côte la plus proche. La base antarctique Vostok est née, et sans en avoir la moindre idée, pile à la verticale d’un immense lac enfoui sous trois kilomètres de glace.
De multiples forages ont été effectués dans les environs de la base pour en retirer des carottes de glace. L’analyse de celles-ci permet d’en savoir davantage sur le climat, la composition de l’atmosphère, etc., des temps passés. Plus la carotte est longue, plus l’histoire qu’elle raconte est ancienne. Mais là n’est plus le Graal. Bien que des sondages radar dans les années 70 avaient révélé la présence d’eau, ce n’est qu’en 1993, que l’on prend vraiment conscience de l’énormité du lac, grâce à une cartographie satellitaire.
Le lac est bel et bien à l’état liquide, même s’il y règne en moyenne une température de -2,5°C. C’est la pression qui maintient l’eau dans cet état. Quant à sa formation, même si la présence dans le passé d’un lac en ce lieu n’est pas à exclure, c’est la géothermie (la chaleur de la terre) qui aurait fait fondre la calotte. Qui plus est, l’eau ne stagne pas. Comme l’explique le glaciologue de l’Université Libre de Bruxelles Frank Pattyn : "le Lac est en équilibre. D’un côté, il y a fonte de la glace et le lac en est alimenté; et de l’autre il y a regel du côté sud. On le sait, car le forage est arrivé à ce point-là. Et cette glace a une composition chimique et isotopique complètement différente par rapport à celle du dessus." Dans cette glace de regel, pas moyen donc de tirer des enseignements du climat passé, mais, par contre, on y a trouvé des micro-organismes. Par exemple, des bactéries qui vivent à des températures de 50°C à 90°C. Ces organismes, présents également au Yellowstone dans des geysers, s’abriteraient dans des failles sous le lac. Un mouvement sismique les aurait propulsés. Ils auraient ensuite dérivé jusqu’à être pris dans la glace de regel. Mais pourrait-il y avoir autre chose là en dessous ? "C’est là que c’est fascinant, précise Frank Pattyn, car on pourrait s’imaginer que dans ce lac, des organismes vivent ou ont vécu de manière complètement indépendante par rapport à l’évolution terrestre. C’est un peu comme aller à la recherche de dinosaures qui pourraient encore être vivants." D’où la volonté russe d’atteindre le lac pour 2010-2011. Mais il y a une difficulté de taille qui a "gelé" les aventures précédentes : toucher le lac, ce serait contaminer un milieu qui n’a plus vu le jour depuis 400 000 ans. Le forage des carottes est mécanique. On y verse du kérosène pour que la pression ne referme pas le trou au passage du carottier. Impossible d’utiliser cette technique au risque de polluer le site. L’idée serait d’utiliser une sonde auto propulsée pour les derniers mètres et que l’on empêcherait de tomber dans le lac. Dès qu’il y aurait une ouverture, la pression ferait remonter la sonde et propulserait l’eau qui se solidifierait en remontant. On ferait dès lors un nouveau forage pour examiner cette eau gelée. Un autre trésor se trouve au fond du lac : des sédiments intacts vieux peut-être de quelques millions d’années. Mais on n’en est pas encore là. Le lac est toujours vierge.
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