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Tempête xynthia

Sortez couverts

Gilles Toussaint

Mis en ligne le 17/03/2010

Le secteur des assurances est attentif à l’impact des changements climatiques. Très courues, les zones côtières sont en première ligne.

Le nombre de sinistres survenant à une échelle locale et dus à des phénomènes naturels semble en augmentation. Tous les observateurs soupçonnent un lien avec le changement climatique." Cette citation n’est pas extraite d’un rapport du Giec, mais bien du "Constat et perspectives 2010" publié par Assuralia.

"Du point de vue belge, nous n’avons plus vu passer de grosse tempête depuis le début des années 90, mais nous ne pouvons ignorer que nous faisons face à une fréquence accrue de phénomènes préoccupants", commente Wauthier Robijns, le porte-parole l’Union professionnelles des entreprises d’assurances actives dans notre pays. S’il reste des incertitudes liées à la variabilité naturelle et aux comportements erratiques du climat, force est de constater que "les cartes de développement des ouragans et des tempêtes tropicales - des phénomènes qui touchent normalement l’autre côté de l’Atlantique - commencent à concerner l’Europe"; d’autres préoccupations portant quant à elles sur la balance entre les périodes de pluie et de sécheresse.

Les assureurs belges ne sont pas les seuls à faire ce constat. Leurs collègues anglais ont également observé une hausse des dégâts aux bâtiments qui ont eu à essuyer des tempêtes de grêle ou des inondations éclair en 2009. Et cela dans des zones qui étaient jusqu’ici épargnées par ce type d’événements météorologiques brutaux. Conclusion: ils ont décidé d’augmenter les primes.

En novembre dernier, le géant de la réassurance Munich Re avait d’ailleurs battu le tocsin. Se référant à ses statistiques, il a annoncé que le nombre des catastrophes liées au climat avait triplé entre le début des années 80 et 2008. Dans le même temps, le coût des dégâts a progressé en moyenne de 11 % par an. En trente ans, l’ardoise a ainsi atteint pas moins de 1 600 milliards de dollars, dont le quart environ était couvert par les assurances. La part de responsabilité des changements climatiques dans cette évolution n’est pas claire, on l’estime à quelques pour cent. Mais Munich Re a prévenu: ces quelques pour cent pèsent déjà des milliards.

"Deux choses préoccupent les compagnies d’assurances, poursuit M. Robijns, la fréquence et l’intensité de ces phénomènes naturels, mais également la valeur des biens qui y sont exposés. Or, au cours des 50 dernières années, on a concentré des valeurs très importantes dans les zones côtières tant en termes de patrimoine des ménages privés que celui des entreprises. Et ces régions littorales sont directement exposées aux phénomènes climatiques".

Il y a quelques mois, le WWF y était également allé de sa petite étude. Selon lui, une hausse du niveau de la mer de 50 cm pourrait ainsi entraîner des dommages estimés jusqu’à 28 000 milliards de dollars dans les 136 villes portuaires les plus importantes du monde

Aux Etats-Unis, certains assureurs refusent dorénavant de couvrir les constructions dans certaines zones de la côte atlantique. Car si l’on peut déplacer une voiture, on n’évacue pas un immeuble Les compagnies américaines doivent par ailleurs rendre publique leur exposition aux risques financiers liés aux changements climatiques, ainsi que les mesures prises pour pouvoir faire face à leurs obligations en cas de catastrophe. De leur côté, les assureurs anglais mettent également la pression sur leurs responsables politiques, exigeant l’élaboration de plans anti-inondations dans les zones estuaires comme condition au maintien de leurs offres de couverture des risques encourus.

Le secteur est d’autant plus attentif à ces évolutions que, par le jeu de la réassurance, toutes les compagnies du monde se retrouvent dans une forme de "solidarité librement consentie". Un assureur qui accepte de couvrir certains risques va lui-même réassurer une partie de ceux-ci auprès d’un "assureur des assureurs". En bout de course, les risques couverts se retrouvent ainsi partagés entre différents partenaires.

Leur métier étant d’anticiper en permanence les problèmes potentiels et d’évaluer leurs implications sur les garanties accordées, les compagnies font appel à des bureaux d’études qui planchent sur des scénarios de probabilité. "Ces spécialistes doivent, par exemple, évaluer à quelle hauteur il faut installer une plate-forme pétrolière en mer Caspienne, compte tenu de la hausse attendue du niveau de la mer. A partir de là, on déduit la politique d’assurances qui sera appliquée à cette infrastructure", explique le porte-parole d’Assuralia. C’est notamment le domaine d’expertise de la société Probabilitas, une spin-off de la KULeuven.

A terme, les assureurs pourraient être amenés à jouer un rôle plus accru. Face à l’augmentation des calamités agricoles, notamment, tels les dégâts dus à la grêle ou à la prolifération de parasites. Et si les inondations peuvent entraîner des dégâts considérables, une sécheresse prolongée peut également contribuer à déstabiliser des maisons construites sur des sols argileux.

Dans un autre registre, il n’est pas exclu de voir se multiplier les actions en justice mettant en cause la responsabilité civile d’une commune pour son imprévoyance dans la gestion de ses cours d’eau ou pour avoir laissé construire en zone inondable. Des entreprises pourraient aussi devoir rendre des comptes devant les tribunaux pour ne pas avoir pris de mesures afin de limiter leurs émissions de CO2. Un peu à la manière des procès intentés à l’industrie du tabac

Tout cela aura un coût pour les compagnies d’assurances qui préviennent déjà: elles ne pourront pas tout assumer seules. Au-delà d’un certain plafond, l’intervention des Etats sera indispensable.

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