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Quand le printemps revient

Marie Noëlle Cruysmans et Marie Pascale Vasseur

Mis en ligne le 21/03/2010

Bon nombre d’entre nous ont depuis un certain temps des fourmillements dans les doigts. Ce symptôme bien connu des jardiniers est l’annonce de l’arrivée du printemps.

Tout en craignant que cet interminable hiver n’ait l’idée saugrenue de récidiver, les jardiniers guettent les signes avant-coureurs du réveil printanier. Une irrésistible envie d’action s’empare d’eux. Un rayon de soleil et les voilà chaussés, bardés de leur tenue verte, le sécateur aiguisé, prêts pour un premier tour d’inspection. Pleins de cet optimisme typique à l’espèce, ils soliloquent tout en observant : "Foi de saint Fiacre, cette saison sera plus belle encore que celle de l’année dernière." Les férus de jardinage savent que le mieux est toujours devant eux. Et c’est bien ce qui les rend tous accros à cette passion qui engendre optimisme et espérance. Pas besoin de grave dépression du portefeuille ni de chantier dispendieux pour s’émerveiller et déposer un peu de beauté à sa porte. Juste la joie de vivre au rythme de la nature.

Ceux qui embrassent la carrière aujourd’hui ne connaissent pas leur bonheur, ils jardinent naturellement comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, sans le savoir. Les têtes chenues ont connu, elles, l’époque où les pesticides régnaient sans partage. Ces années durant lesquelles asperger son jardin de produits aussi douteux que redoutables était dans l’air du temps. Le vocabulaire des vendeurs se faisait volontiers guerrier. Eradication totale, gaz asphyxiant, destruction massive, dose mortelle. Les abris de jardin dissimulaient une panoplie d’armes chimiques dans des flacons à tête de mort. Le jardinier avait des allures de "terminator", semant la mort pour défendre la santé de son carré de verdure. Quelle énergie vitale restait-t-il à ces plantes sous perfusion ? Nulle herbe indésirable à leurs pieds, nul visiteur sans permis dans les corolles et les feuillages. Un vrai Père-Lachaise. Si le vent n’avait pas tourné, le jardinier lui-même serait peut-être aujourd’hui en voie d’extinction.

Puis les choses ont commencé à changer. Lentement. Quelques-uns ont renoncé à ces comportements outranciers. Ils ont baissé les armes et ont œuvré avec la nature et non plus contre elle. Ils ont choisi de ne plus céder aux sirènes de la chimie triomphante. Ils ont regardé leur jardin comme un écosystème, lieu de vie. Ils ont fait confiance à ses capacités régulatrices. Quitte parfois à contempler le rosier moribond sous les atteintes du marsonia ou à renoncer aux plantes non adaptées à leur terrain. Avec le recul, le bilan est irréfutable. Un jardin naturel se porte beaucoup mieux qu’un jardin contrôlé par l’industrie phytosanitaire. La différence fondamentale, c’est la diversité. Quand, dans quelques ares, plusieurs dizaines d’espèces sont réunies, l’équilibre se fait bien plus vite que si l’on cultive une seule et même plante en quantité.

Cette prise de conscience a fait évoluer les mentalités et le regard que chacun porte sur le monde enchanté du jardin et de ses habitants. Le progrès scientifique a aussi son rôle à jouer dans cet essor. Les mille secrets des insectes auxiliaires et de leurs relations avec les fleurs sont l’objet de nombreuses recherches. Une meilleure connaissance des ravageurs, des associations bénéfiques et des propriétés des plantes permettent aujourd’hui de pratiquer un jardinage pacifié, respectueux de notre environnement et apaisant. Rien de tel que quelques coups de binette ou de sécateur pour faire disparaître les scories d’une mauvaise journée. Du 20 au 30 mars, la semaine sans pesticides est l’occasion d’expérimenter des méthodes nouvelles pour s’en passer toute l’année !

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