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durable

Le laboratoire du développement durable

Grégoire Comhaire

Mis en ligne le 05/07/2010

Un village luxembourgeois développe une politique d’indépendance énergétique très ambitieuse. On vient de toute l’Europe pour s’en inspirer.
Reportage Envoyé spécial à Beckerich

L’autonomie énergétique. Le développement économique au profit des citoyens. C’est le projet utopique mené depuis près de trente ans dans une petite commune rurale du Grand-Duché de Luxembourg. Un projet porté à bout de bras par son bourgmestre, Camille Gira, qui a réussi le pari d’appliquer les principes du développement durable de manière transversale, à tous les domaines de la politique municipale.

Nous sommes à Beckerich, commune de 2300 habitants du nord-ouest du Grand-Duché, située à quinze minutes à peine du centre-ville d’Arlon. Un ensemble de huit hameaux, traversés par l’ancienne voie de chemin de fer de l’Attert, que rien ne prédestinait à devenir un modèle de commune durable, inspirant des dizaines d’autres responsables municipaux ailleurs en Europe.

A la fin des années 70, Beckerich, à l'instar de tant d’autres de ses semblables, est victime d’un exode rural et d’une pyramide des âges défavorable. "Le village se mourait, explique Camille Gira. La mairie commençait même à racheter des maisons vides pour les détruire et agrandir les routes." A l’époque, celui qui n’est alors qu’un jeune conseiller communal participe à Luxembourg à des réunions d’écologistes au sein de l’ASBL Nature&Progrès. "Comme j’aimais mon village, j’ai décidé de mettre en pratique ici les idées qui émergeaient de nos réunions en ville." Sous son impulsion, une série de mesures vont alors voir le jour. Des mesures qui, au fil des années, vont réussir à profondément inverser la tendance.

Parmi ces projets, celui qui a amené la commune à commercialiser l’eau de ses sources, qu’elle utilisait jusqu’alors pour la distribution d’eau potable aux ménages. "Un jour, on a analysé nos eaux, et on s’est rendu compte qu’elles n’étaient pas plus mauvaises que celles de Spa ou de Vittel", poursuit Camille Gira. La commune trouve alors un investisseur français, avec qui elle conclut un contrat d’exploitation stipulant qu’elle garde la propriété des sources et devient actionnaire à 15% de la société exploitante. Le succès sera au rendez-vous. L’eau minérale de Beckerich est désormais l’une des plus vendue dans les supermarchés du Grand-duché, avec à la clé des créations d’emploi et des recettes substantielles pour la commune qui les réinvestit dans des biens publics, et dans une politique d’autonomie énergétique, qui joue un grand rôle dans sa renommée en Europe.

En 1990, Beckerich adhère à "l’Alliance du Climat" et s’engage à réduire de 50% sa consommation énergétique d’ici 2010. Un défi pratiquement atteint aujourd’hui, après vingt ans d’efforts déployés tant dans l’économie d’énergie du bâti que dans la production d’énergie renouvelable.

Comme la commune avait valorisé ses ressources en eau, les agriculteurs vont à leur tour valoriser les déchets produits par leurs exploitations. En 2004, dix-neuf d’entre eux fondent une coopérative et investissent plus de 300 000 euros dans une unité de biométhanisation, alimentée par du lisier, du fumier, de la tonte de pelouse ou des déchets de légumes. Cette unité produit chaque année 4 450 000 kWh d’électricité et 5 625 000 kWh de chaleur, revendue pour partie à la commune, qui la distribue aux habitants via un réseau souterrain qui s’agrandit d’année en année, et relègue petit à petit les vieilles chaudières au mazout au rang d’objet d’un autre temps. "Toute l’énergie produite ici, c’est du pétrole que l’on ne doit pas acheter au Moyen-Orient, rappelle fièrement le bourgmestre. A 7 euros le kW/h, les habitants nous cassent la porte de la mairie pour qu’on se dépêche de raccorder leur quartier au réseau."

Une chaudière aux copeaux de bois, destinée à combler la forte demande en chaleur durant l’hiver, est récemment venue se joindre à l’unité de biométhanisation de la coopérative agricole. Et à l’image du tout nouveau hall sportif, tous les nouveaux bâtiments communaux sont désormais conçus sur le mode "basse consommation".

Camille Gira reçoit désormais plus de 80 groupes de visiteurs, luxembourgeois et étrangers, qui viennent chaque année chercher chez lui une source d’inspiration. "Pourtant, il n’y avait ici ni plan, ni tradition particulière dans le développement durable" rappelle-t-il. Le secret d’un tel succès ? Sans doute l’investissement de la population qui, depuis le début de l’aventure, s’est impliquée dans tous les projets, par le biais des neuf commissions consultatives mises sur pied par le conseil communal, et où peuvent siéger tous les citoyens qui le souhaitent.

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