La Libre.be > Société > Planète > Article
Rural
Rural, et durable. Il y a du boulot !
Mis en ligne le 28/07/2010
Ces mutations, faut-il les redire ? Des paysages en urbanisation galopante, un urbanisme de lotissement en rupture des organisations séculaires, un étalement des fonctions urbaines (loisirs, services, commerces) qui sont grandes consommatrices d’énergie et d’espace, un repli des terres agricoles, etc. Au point d’effacer souvent la vieille dichotomie ville-campagne pour une fonction résidentielle diffuse.
"On était citadin ou campagnard, c’étaient deux mondes" , rappelle ainsi le sociologue Marc Mormont (ULg). La "modernité" a effacé cette dichotomie : "En même temps, la ville se vide, s’étale, et nombre d’espaces aujourd’hui ne semblent relever ni de la ville ni de la campagne, trop peu denses pour être des villes, trop urbanisés et anonymes pour être des campagnes." Bref, si "la ruralité du XX e siècle a été une manière originale de répondre à la question du produire et de l’habiter dans une société industrielle, la ruralité du XXI e siècle sera-t-elle une manière originale de répondre à la question du développement durable, du vivre dans un univers mondialisé ?".
Un colloque a réuni sur le sujet, à Namur, experts et acteurs de terrain. "Nos campagnes sont dans tous leurs états, il y a beaucoup de problèmes. Mais nous n’avons pas voulu céder au catastrophisme" , prévient son initiatrice, l’économiste Denise Van Dam (Facultés de Namur), en appelant "à tourner les contraintes en aubaines". Comment ? "Les représentations doivent changer. L’opérationnel aussi. Sinon, le constat est stérile."
L’opérationnel, ce sont notamment ces pistes que liste Philippe Soutmans, environnementaliste et formateur : revoir notre aménagement du territoire en réduisant les coûts collectifs et individuels de l’étalement urbain et en préservant les terres agricoles; améliorer les performances des transports en commun; intégrer le vieillissement de la population en développant des services publics et privés de proximité et d’aide; intégrer toute la population à la réflexion dès le plus jeune âge
L’aménagement du territoire, revenons-y, pour considérer son importance en termes de logement. "Il y a un problème d’échelle des compétences , remarque le géographe Dimitri Belayew (Facultés de Namur); le précédent ministre wallon, André Antoine, a redonné beaucoup d’importance aux choix des communes. Or, beaucoup d’entre elles ne voient pas plus loin que leurs limites." En tout cas, prolonge Denise Van Dam, "on n’est plus du tout dans la logique du retour à la campagne, qui a urbanisé la campagne. Maintenant il faut le retour à la ville, une dynamisation de la ville, un aménagement très strict quant aux campagnes".
Pour ce qui reste - pour ceux qui restent - à la campagne, on cite notamment la création d’écovillages ou d’écoquartiers, même s’ils sont encore trop rares ou isolés. On prône aussi, telle Danièle Antoine, de la Fondation rurale de Wallonie, "une réaffectation du bâti existant, adaptée aux exigences énergétiques actuelles, mais aussi respectueuse de ses caractéristiques patrimoniales". On évoque encore d’autres manières de produire. Ainsi, la cherté et la rareté des terres dans les banlieues poussent au maraîchage plutôt qu’à l’élevage; c’est un marché de proximité qui lui aussi fait partie du développement durable. Ainsi, quoique, encore marginal, du bio : "Il montre peut-être la voie que l’agriculture de notre région doit être plus tournée vers la production locale, la maîtrise de la transformation et de la commercialisation par les agriculteurs" (Marc Fichers, de Nature et Progrès). Ainsi d’ "une gestion plus souple de la forêt future par une sylviculture prudente et multifonctionnelle, dans le cadre d’un traitement en futaie irrégulière, en privilégiant le mélange des essences et des âges" (Michel Letocart, de Pro Silva Wallonie).
Ah ça, il y a de quoi faire. D’autant qu’on allait oublier l’essentiel : l’enjeu est global et intégrateur, touchant au développement d’un tissu social vivant. Denise Van Dam : " L’agriculture bio, par exemple, n’est pas seulement une méthode de production, c’est un mouvement social dans la mise en correspondance de producteurs et consommateurs, dans la mise en réseau avec les gestionnaires et environnementalistes. Au travers d’autres aspects techniques et ponctuels, toute une nouvelle mouvance sociale se développe."
10mn28 pour gravir l’Empire...
Barack Obama teste une arme redoutable
Parodie: Sarkozy face à la crise
Charles et Camilla fêtent Dickens