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canicule

Eté dantesque dans la capitale russe

Boris Toumanov

Mis en ligne le 29/07/2010

Depuis le début du mois de juillet, une vague de chaleur sans précédent affecte la Russie. Des feux de tourbières dopent la pollution de l’air.

Correspondant à Moscou

Ce mois de juillet a pulvérisé huit records de chaleur depuis cent trente ans d’observations météorologiques en Russie. Jusqu’à cette année, la capitale russe n’avait, en effet, jamais connu les températures flirtant avec les 40 degrés à l’ombre. Pourtant le record le plus accablant pour les Moscovites consiste dans le fait que jamais encore une période de chaleur aussi infernale n’a été aussi longue, ne laissant pas même aux citadins un petit moment de répit.

Avec ce phénomène, la vie des habitants a retrouvé une simplicité quasi biblique avec ses côtés innocents et tragiques. Dans le centre de la ville, la vue générale des rues vous laisse planer l’étrange impression d’une plage de Malibu ou de la Côte d’Azur car la tenue des passants des deux sexes est réduite dans la plupart des cas à un pudique minimum. D’ailleurs "le dress code" est aboli partout - même les employés de l’administration présidentielle sont autorisés à venir au bureau (oh, sacrilège !) en maillot de football et en blue-jean. Autre détail révélateur : en temps normal, la majorité des passants déambulent dans les rues de Moscou l’oreille collée à leur téléphone portable, mais avec cette chaleur ils s’abstiennent de cette distraction, car leurs mains sont constamment chargées de bouteilles d’eau minérale et de glaces. Au rayon culinaire, la viande sous toutes ses formes a pratiquement disparu du menu des Moscovites qui ne sont plus capables de la supporter par une chaleur pareille, lui préférant des légumes et des fruits.

Les terrasses des cafés et des restaurants sont vides; les clients - inhabituellement rares - préférant s’installer dans les salles climatisées de ces établissements. Gourmands en électricité, les appareils de climatisation mettent d’ailleurs le réseau électrique de la ville sous pression. Datant de l’époque de frugalité soviétique, ce dernier est peu habitué à ce genre d’extravagances climatiques et crie pouce de temps à autre. Illustration de cette situation : la rédaction de "Gazeta.ru", édition Internet florissante et la plus importante du pays, dont l’administration a été mise pendant les deux derniers jours les plus chauds devant un choix dramatique : faire marcher les ordinateurs ou les climatiseurs, le réseau électrique du quartier refusant de supporter une telle charge. Précisons que depuis le début de la canicule, on a vendu à Moscou dix fois plus de climatiseurs que la normale, tandis que les ventilateurs ordinaires sont devenus trois fois plus chers que d’habitude.

Pour sa part, le célèbre métro de Moscou qui restait jusqu’ici un îlot paradisiaque de fraîcheur durant l’été s’est transformé en une sorte d’enfer. Dans plusieurs stations souterraines, la température dépasse, en effet, celle de la surface. Depuis la fin mai, on a ainsi enregistré dans le métro quelque vingt cas de mort subite provoquée par des défaillances cardiaques.

Ajoutons que pendant cet été le chiffre des noyades mortelles sur les plages de la capitale a battu lui aussi un triste record - 270 décès dont 219 (!) ont péri pendant le seul mois de juillet. On ne sera pas étonné d’apprendre que la majorité des victimes sont des hommes d’âges divers qui se baignaient en état d’ébriété avancée.

Pour compléter le tableau, des masses de fumée opaque en provenance des tourbières en feu aux environs de Moscou se sont abattues sur la ville ces deux dernières semaines, transformant la vie des citadins en un véritable calvaire. La visibilité réduite ralentit la circulation et crée des embouteillages, qui eux-mêmes contribuent à accroître la pollution de l’air. Les masses d’eau qui se sont déversées sur la région lors de violents mais très courts orages n’apportent aucune fraîcheur et sont insuffisantes pour éteindre les incendies qui ravagent ces tourbières.

Inutile de préciser que les bulletins météo représentent pour tous les Moscovites une sorte de vox Dei dont ils attendent avec résignation l’annonce des délais de leur délivrance. Ce samedi, on leur promet un "petit" 29 degrés. Un pronostic qui a inspiré ce commentaire sarcastique à l’un de nos voisins : "Ça y est, on va enfin grelotter de froid !"

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