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L’improbable allié "vert" d’Obama

Stéphanie Fontenoy

Mis en ligne le 31/07/2010

Cas unique au pays des rois du pétrole texans, ce proche de George W. Bush a fait sa révolution verte, il y a quelques années déjà. Sa nouvelle croisade : l’éolien et le gaz naturel.

Il a un nom de Crooner, et a fait pleurer pas mal de dirigeants. Sorte de JR Ewing, ce Texan de 82 ans a fait fortune en lançant des OPA agressives sur des compagnies pétrolières. Ce milliardaire conservateur qui a passé sa vie au pied des champs de pétrole a créé la surprise, il y a quelques années, en misant sur les énergies renouvelables.

D’où lui vient cette nouvelle passion ? En bon Américain, il cite l’intérêt de la patrie, à travers l’indépendance et la sécurité énergétique. "Nous sommes de plus en plus dépendants des mauvaises personnes" , expliquait-il dans un récent discours sur la nécessité pour les Etats-Unis de s’affranchir de l’Opep. Mais en homme d’affaires aguerri, ses propres intérêts ne sont jamais loin. Son fonds spéculatif, BP Capital Management est spécialisé dans le pétrole mais aussi le nucléaire, le gaz naturel et plus récemment l’eau. A travers sa société Clean Energy Fuels Corp, M. Pickens est un des principaux propriétaires des champs gaziers du Texas et de Californie.

Sa dernière croisade : promouvoir l’énergie éolienne et le gaz naturel, ressources naturelles très répandues aux Etats-Unis, pour se passer petit à petit du diktat du pétrole. La stratégie : remplacer le gaz naturel par l’éolien pour fournir l’électricité, et faire rouler les camions au gaz naturel ! A l’origine, un plan de 150 milliards de dollars sur dix ans qui permettrait de produire de l’électricité pour 1,3 million de foyers américains. Une idée simple, mais compliquée à mettre en place. Première pierre d’achoppement : transformer le réseau électrique américain, une tâche digne des travaux d’Hercule. Deuxième problème : convaincre les constructeurs automobiles de construire des véhicules qui fonctionneraient au gaz, et surtout développer les stations-service qui les alimenteront. En 2008, T. Boone Pickens envisageait un immense parc éolien le long d’une ligne Canada-Texas. Il avait déjà passé commande de 687 turbines à General Electric pour un montant de 2 milliards de dollars quand la crise économique et la carence d’investisseurs l’ont forcé à revoir son projet à la baisse.

Mais le Texan n’a pas pour autant abdiqué. En deux ans, il a dépensé 62 millions de dollars sur ses fonds personnels pour "vendre" son plan au Congrès et à l’opinion publique. A la manière de la campagne de sensibilisation d’Al Gore sur le changement climatique, l’octogénaire a pris son bâton de conférencier et voyage à travers le pays pour faire passer son message. Il dénonce le gouffre financier que représente l’approvisionnement en pétrole étranger. Chiffres à l’appui : sur le mois de janvier 2010, le déficit commercial des Etats-Unis s’est établi à 37,3 milliards de dollars, dont les trois quarts sont imputables à l’importation d’or noir. Il déplore "le plus formidable transfert de richesses de l’histoire de l’humanité" . Puisque deux tiers de ce pétrole étranger sont utilisés dans le transport, "le seul moyen d’en finir avec la dépendance vis-à-vis de l’Opep est de remplacer leur pétrole cher et sale par du gaz naturel américain, propre et bon marché" , assure-t-il.

A Washington, il a enterré la hache de guerre politique. Farouchement républicain, il a versé 6,6 millions de dollars à des candidats du Parti depuis 1980. En 2004, lors de la présidentielle, il avait financé la campagne des Swift Boat Veterans qui cherchait à ternir le patriotisme du Sénateur John Kerry, adversaire vaincu de George W. Bush. Or, cette année, il s’est joint aux Démocrates pour soutenir la réforme énergétique débattue au Congrès. L’occasion d’une rencontre discrète avec John Kerry, un des artisans de la réforme ! "Ce fut un rendez-vous productif au cours duquel ils ont mis le passé derrière eux et ont parlé des sérieux problèmes d’énergie qui se posent aux Etats-Unis" , a fait savoir Jay Rosser, le porte-parole du Texan.

De Barack Obama, il n’attend que du bien. "L’Amérique n’a pas eu de projet énergétique depuis quarante ans. Tous les présidents depuis Richard Nixon ont promis de réduire cette dépendance pétrolière. Le président Obama a promis d’éradiquer cette dépendance en dix ans. Nous pouvons le faire. Et si nous le faisons, le président Obama sera le seul à avoir tenu sa promesse."

T. Boone Pickens, magna du pétrole repenti ou homme d’affaires opportuniste ? Sans doute un peu des deux !

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