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Apôtre du tourisme responsable
Émilie Sueur
Mis en ligne le 28/08/2010
Pascal Abdallah n’est pas le genre à s’enchaîner à un arbre pour sauver une forêt. Il y a peu de chances de le croiser sur un petit dinghy harcelant un énorme baleinier japonais. Pour ce Libanais de 43 ans, les écolos purs et durs sont "parfois un peu trop bornés", voire contre-productifs.
Ecologiste, Pascal Abdallah l’est pourtant, mais sur le mode raisonnable. "La nature, il faut la respecter", souligne-t-il. Une mission qui n’a rien d’évident dans un Liban où des décharges sauvages se tapissent au fond de tant de vallons et où trop de rivières charrient certes des alluvions, mais aussi des sacs plastique bourrés jusqu’à la gueule de déchets en tous genres.
"Pour qu’un vrai respect de la nature s’impose dans les mentalités, il faut que tout le monde vive correctement de et avec cette nature", ajoute l’homme à la barbe poivre et sel. Amoureux de son pays, Pascal Abdallah a décidé de miser sur le tourisme responsable pour protéger l’environnement. De cette mission, il a fait un métier qu’il exerce depuis quinze ans : consultant et expert en développement du milieu rural par le tourisme.
Pratiquement, ce métier se traduit par de multiples activités. Actuellement, ce père de famille est président de l’association Lebanon Mountain Trail (LMT), un chemin de randonnée ouvert fin 2006 qui traverse le Liban du nord au sud. Dans l’élaboration du LMT, Pascal Abdallah, d’abord consultant, a notamment participé à la formation des guides locaux, au traçage des chemins et à la mise en place d’un sentier à thème littéraire.
Pascal Abdallah est également le créateur et le directeur depuis trois ans d’une agence de tourisme responsable logiquement baptisée "Responsible Mobilities". "Le tourisme, qui touche l’environnement, l’économie, l’agriculture et le transport, doit être équitable, insiste-t-il. Le tourisme doit être bénéfique pour tous. Pour moi, bien sûr, mais aussi pour les communautés locales, pour la région, pour les habitants, etc."
Et si ces habitants ne sont pas conscients des bénéfices qu’ils peuvent tirer du tourisme responsable, Pascal Abdallah se charge de les éclairer. Ainsi, à Baadaran, un village du Chouf, région montagneuse et druze au sud de Beyrouth, Pascal Abdallah a incité et aidé un habitant qui pratiquait la médecine par les plantes et le tissage à mettre en valeur le métier à tisser dont il avait hérité de son grand-père. Aujourd’hui, l’atelier de ce tisserand est devenu un point de passage pour les touristes. Grâce à un don de 3500 dollars, l’homme a également retapé sa maison et suivi une formation pour l’accueil des touristes à qui il peut, désormais, préparer des repas et vendre quelques pièces tissées par ses soins. De quoi lui apporter un complément de revenu bienvenu.
A Chebaa, au sud du Liban, l’agence de M. Abdallah a développé un éco-musée avec une association locale. "Responsible Mobilities" organise également en août, pour la fête de la transfiguration, une randonnée vers le sommet du mont Hermon. "Alors que certains ont creusé une route et montent en 4x4 vers le sommet où ils coupent des épineux pour faire du feu avant de repartir en laissant leurs déchets derrière eux, avec moi, les touristes, qui sont au maximum 25, montent à pied, la nourriture, achetée à Chebaa, étant chargée sur des mules, également originaires de Chebaa. Et, afin de sensibiliser la population locale au respect de son environnement, nous invitons des habitants de Chebaa à se joindre à nous", explique Pascal Abdallah.
Inutile de préciser que là où M. Abdallah passe, aucun déchet ne reste sur place. L’homme aime ce qu’il fait, son empressement à raconter son métier en témoigne. Son engagement ne rend pas pour autant sa mission plus facile. Outre l’inefficacité des autorités, l’engagement de Pascal Abdallah est tributaire de la situation sécuritaire du Liban. "Quatre fois, j’ai dû fermer boutique en raison des crises et autres guerres. Mais depuis deux ou trois ans, ça va mieux", dit-il, tout en reconnaissant craindre la possibilité d’une nouvelle crise. Lui arrive-t-il d’avoir envie d’abandonner, de quitter son pays tourmenté ? "Non, jamais. Si tout le monde part parce que rien ne va ici, qui restera-t-il pour changer les choses ?"
Savoir Plus
Lebanon Mountain Trail
Le Lebanon Mountrain Trail est le premier chemin de grande randonnée qui traverse le Liban du nord au sud. Ce chemin de 440 kilomètres traverse quatre réserves naturelles, plus de 75 villes et villages répartis entre 600 et 2 000 mètres d’altitude. Après une journée de marche, les randonneurs peuvent manger et dormir chez l’habitant. L’idée du LMT est de stimuler le développement du monde rural, de faire découvrir le patrimoine naturel et culturel de toutes les régions du Liban, et par là même de rapprocher les communautés.
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